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L’accès aux dépistages, un enjeu de santé publique mis à mal

L’accès aux dépistages, un enjeu de santé publique mis à mal

Alors que les épidémies d’IST progressent continuellement, l’accès aux dépistages est aujourd’hui mis à mal pour des raisons administratives. En effet, une prise de position récente de Swissmedic remet en question l’accès facilité aux dépistages des IST majeures.

Depuis plus d’une vingtaine d’années, les épidémies des IST majeures autres que le VIH sont en constante progression, en Suisse comme dans les autres pays du Nord. Selon les données de l’OFSP, ce sont plus de 5000 personnes qui ont découvert qu’elles vivaient avec une gonorrhée en 2022 et plus de 12’000 avec une chlamydia. Ces infections bactériennes peuvent toucher toutes les personnes sexuellement actives mais les jeunes et les membres de certains groupes sont particulièrement exposés pour des raisons biologiques, épidémiologiques et/ou comportementales. Ainsi, parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, ce sont plus de 10% qui seraient porteurs d’une chlamydia et/ou d’une gonorrhée[1]. La majorité de ces infections sont asymptomatiques et les personnes concernées vivent avec – et les transmettent – sans le savoir. Non traitée, une infection peut, sur le long terme, avoir des conséquences durables pour la santé (stérilité, douleurs chroniques, etc.). Ainsi, des dépistages réguliers sont la seule manière de pouvoir enrayer ces épidémies et préserver la santé individuelle et publique.

Démédicalisation, self-care, pooling

Pour augmenter le recours aux dépistages, les organismes actifs dans le domaine de la santé sexuelle ont mis en place diverses stratégies pour améliorer leur accès. Au cours des dix dernières années, les offres de dépistage de proximité se sont multipliées avec des tarifs réduits, en particulier pour les personnes jeunes et/ou précarisées. Sur cette base, des cantons (Vaud par exemple), des communes telles que Zurich ou des organismes (l’Aide suisse contre le sida pour ne citer que lui) ont pu mettre en place des programmes et/ou des campagnes proposant des tarifs encore plus bas, voire la gratuité! Tout cela n’a été possible que grâce à la démédicalisation des dépistages et à la réduction des coûts.

En effet, dans les centres de santé sexuelle et/ou de dépistage ou encore lors des actions de dépistage de proximité, la majorité des intervenant∙e∙x∙s sont des spécialistes de la santé sexuelle, mais ne sont pas médecins. Par ailleurs, il est proposé aux personnes de réaliser elles-mêmes les prélèvements (en particulier génitaux et anaux) nécessaires pour les dépistages (une pratique appelée self-sampling). Ensuite, le laboratoire ne réalise qu’une seule fois l’analyse à partir des différents prélèvements d’une même personne (ce qu’on appelle communément le pooling).

Ces trois axes, à savoir démédicalisation, self-care, pooling, sont autant de stratégies qui ont été validées scientifiquement et qui ont fait leurs preuves. Elles sont d’ailleurs aujourd’hui recommandées par l’OMS[2] et déployées dans de nombreux pays. En Suisse, cela s’est traduit par une augmentation du recours au dépistage, notamment dans les groupes les plus exposés, en particulier les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Une bonne nouvelle pour la santé communautaire.

Une stratégie remise en cause

Malheureusement, une prise de position récente de l’institut suisse des produits thérapeutiques, Swissmedic, remet en question l’ensemble de cette stratégie. Cet organisme a mis en avant le fait qu’actuellement, aucun matériel de prélèvement n’était formellement autorisé ni pour l’auto-prélèvement par les patients eux-mêmes (self-sampling), ni pour l’analyse conjointe de leurs prélèvements (pooling). En effet, selon la notice d’utilisation des écouvillons, les prélèvements ne peuvent être réalisés que par du personnel médical puis transmis et traités individuellement par un laboratoire. Pour que ces indications changent, un processus d’homologation complexe et coûteux devrait être réalisé. Or, les fabricants n’y voient aucun intérêt économique…

L’intervention de Swissmedic a déjà eu pour conséquence la réduction de l’offre de Check-at-home, projet de dépistage à domicile coordonné par l’Aide suisse contre le sida. Depuis le 28 juillet, celui-ci ne propose plus de kits pour les dépistages de la gonorrhée et de la chlamydia. Or, cela pourrait n’être qu’un début! Ce sont toutes les offres de dépistages «non-médicales» et notamment communautaires qui pourraient être remises en question.

Dans les faits, cela se traduirait par des dépistages qui ne seraient possibles que dans des cabinets médicaux ou des services hospitaliers, généralistes ou spécialisés. Les médecins devraient y réaliser tous les prélèvements. Un élément qui pourrait être dissuasif pour certaines personnes et extrêmement chronophage pour les professionnel∙le∙x∙s, dans un contexte où ces services médicaux sont souvent déjà largement débordés. Ensuite, les médecins ne sont pas toujours au fait des questions liées à la santé sexuelle et encore moins aux spécificités des personnes LGBTIQ+. Par ailleurs, les coûts à charge des caisses d’assurances maladie et/ou des personnes (selon la franchise) et/ou des cantons/communes/organismes de prévention seraient alors beaucoup plus élevés: ils pourraient être multipliés par dix! Cela pourrait sonner la fin des programmes et campagnes de dépistages. Enfin, la fin du pooling et du self-sampling impliquerait une augmentation importante de la quantité de matériel médical à utiliser dans un contexte où la société civile se questionne sur la dimension écologique de ses pratiques.

Est-ce que la prise de position récente de Swissmedic va remettre en cause une stratégie de dépistage efficace dans un contexte de constante progression des IST? L’avenir nous le dira. Mais on ne peut que déplorer le fait que des questions purement réglementaires soient suffisantes pour justifier la mise en danger de la santé publique d’une partie vulnérable de la population.

[1] Schmidt, A. J., Rasi, M., Esson, C., Christinet, V., Ritzler, M., Lung, T., Hauser, C. V., Stoeckle, M., Jouinot, F., Lehner, A., Lange, K., Konrad, T., & Vernazza, P. (2020). The Swiss STAR trial – an evaluation of target groups for sexually transmitted infection screening in the sub-sample of men. Swiss Medical Weekly, 150(5153), w20392. https://doi.org/10.4414/smw.2020.20392
[2] OMS, Consolidated guidelines on HIV, viral hepatitis and STI prevention, diagnosis, treatment and care for key populations https://www.who.int/publications/i/item/9789240052390