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Homosexualité: le tabou nippon vacille

Le Japon sera-t-il le premier pays d’Asie à ouvrir le mariage aux homos? Shibuya, l’un des arrondissements de Tokyo a récemment esquissé un partenariat.

Le Japon sera-t-il le premier pays d’Asie à inaugurer le mariage gay? L’horizon est encore lointain, pourtant Shibuya, l’un des 23 arrondissements de Tokyo, vient d’ouvrir le débat avec l’annonce d’un partenariat censé octroyer aux couples lesbiens et gay certains droits équivalents à ceux des hétéros. Accès au logement, visite du conjoint à l’hôpital, reconnaissance et visibilité: dans l’histoire de l’Archipel, c’est un pas inédit et les médias se sont empoignés du sujet. Le Premier Ministre conservateur Shinzo Abe, de son côté, estime que le mariage est constitutionnellement l’union d’une femme et d’un homme, néanmoins plusieurs universitaires et juristes affirment le contraire.

A défaut d’être proprement inclusif, le Japon est un environnement plutôt tolérant à l’égard des minorités sexuelles. La diversité des silhouettes et l’androgynie des franges racontent une certaine fluidité à Shibuya ou Harajuku, tout comme le Boys Love, ce genre de manga mettant en scène des romances homosexuelles, et dont le lectorat est essentiellement féminin. Si, dans les rues de Tokyo, presque aucun couple homo ne s’expose, les couples hétéros non plus ne se manifestent pas outre mesure: filles et garçons se tiennent éventuellement la main, mais s’embrasser au grand jour demeure inapproprié, quelle que soit l’orientation. Discrétion de rigueur pour tout ce qui relève de la vie privée.

Un peu d’histoire
Les personnes LGBT ne bénéficient au Japon d’aucune mesure de protection particulière, mais elles n’y ont jamais non plus fait l’objet de lois stigmatisantes, au contraire de nombreux pays européens – y compris la Suisse. Jusqu’à la fin de la période Edo, au milieu du XIXe siècle, les relations intimes entre hommes étaient admises dans certains cadres: le compagnonnage des samouraïs et des moines, puis les rapports tarifés des membres de la classe moyenne et marchande avec de jeunes hommes ou des acteurs de kabuki (en particulier les interprètes de rôles féminins, caractéristiques de cette forme de théâtre).

Avec l’ouverture du pays à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, l’appropriation des modèles occidentaux affirme soudain le modèle familial nucléaire et rigidifie les rôles de genre, liés à la rationalisation des forces de travail et au consumérisme: dans le miroir de l’industrialisation et de la modernité venues de l’Ouest, vêtements, postures et identités racontent soudain une binarité nouvelle, plus sexualisée (le corps de la femme se déleste du kimono et se découvre sous la minijupe, le visage de l’homme est représenté paré d’une épaisse moustache), mais aussi plus hétéronormée.

Fracture générationnelle
Aujourd’hui, la situation se traduit par une profonde fracture générationnelle: selon une enquête du Pew Research Center parue en 2013, 83% des Japonais de moins de 30 ans considèrent que l’homosexualité devrait être acceptée (c’est plus que la Grande Bretagne, 81%, ou les Etats-Unis, 70% ) mais la proportion tombe à 39% chez les plus de 50 ans (soit deux fois moins que l’Allemagne ou l’Espagne) Après l’annonce du partenariat, un sondage du quotidien Asahi a révélé une attitude bienveillante chez 52% des interrogés, contre 27% d’hostilité. Une tendance confirmée par Twitter, où les réactions de soutien sont majoritaires.

Dans l’autre camp, l’argumentaire le plus fréquent en appelle à la primauté de l’ordre social sur l’intérêt de l’individu. Dans l’Archipel, une minorité non négligeable des personnes LGBT elles-mêmes défendent la politique du secret, au point de craindre le débat légal: selon elles, la reconnaissance du couple homosexuel entraînerait une mise en lumière qui mettrait en danger leur tranquillité au travail ou au sein du cercle familial élargit.

Entre liberté conformité, le Japon contemporain oscille. Il y a néanmoins en Asie un exemple à donner. La Malaisie et l’Inde, deux partenaires commerciaux de l’Archipel, déploient encore et toujours des législations particulièrement violentes et discriminatoires. Setagaya et Yokohama, deux autres régions du grand Tokyo, se disent en train d’examiner l’établissement d’un partenariat.