Chroniques Chants nocturnes

Seule

1er nov. 2019

Autoportrait d'après Matisse «Les plumes blanches&187;

«Le théâtre ne dit jamais la vérité, mais c’est parce qu’il ne dit pas la vérité qu’il engage le spectateur à trouver la sienne.»

André Steiger

On me voit rarement dans les salles de spectacle quand je ne m’y produis pas. Non que je n’apprécie de découvrir les propositions artistiques d’autres que moi, mais parce que j’aime passer le peu de temps libre que me laissent mes hyperactives occupations avec quelques ami-e-s, à me promener ou à ne rien faire. Mais aussi parce que dans le noir au sein des spectatrice·teur·s, je me sens mal à l’aise; dans le silence, m’envahit le brouhaha des pensées de celles et ceux qui, pendant la représentation, réfléchissent à ce qu’ils et elles pourront dire d’intelligent dès le rideau tombé. Car oui, je les entends ces voix qui bourdonnent en mon esprit, auraient plutôt fait ceci comme cela et cela comme ceci. Moi qui, ici, ne sais rien, ne suis que spectatrice et veux goûter aux plaisirs enfantins de la contemplation, me défaisant de tout a priori, de toute connaissance pour laisser mes sens errer sans les confiner entre les murs de mes convenances. Je ne cherche pas à retrouver des similitudes entre le récit scénique qui s’offre à moi et les particularités de mon langage. Bien au contraire. Je ne demande pas grand-chose; qu’on m’emporte ailleurs, mais surtout que je sente les créatrice·teur·s et les protagonistes en accord avec leur proposition. Qu’en filigrane je les aperçoive derrière le verbe, la lumière, la scénographie. Que la dramaturgie soit habillée de leur chair et de leur esprit. Pour préserver cette intimité entre celles et ceux qui habitent la scène et moi, je n’ai trouvé qu’un stratagème: me placer au centre du premier rang et m’entourer d’un invisible paravent, ne laissant libre que l’espace entre la scène et moi. Alors, le Monde disparaît et j’assiste, enfin seule, au spectacle et, hasard ou chance, il est très rare que je sois déçue du voyage.

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