Je t’aime, tu m’aimes, il m’aime, il t’aime, je l’aime…

Attachés à plusieurs partenaires, zigzagant entre plusieurs histoires, les polyamoureux vivent des liaisons étonnantes et compliquées. Rencontre.

La vie amoureuse de Marco a de quoi donner le tournis. «Actuellement, j’ai trois relations avec des femmes, dont une compartimentée », affirme cet architecte romain de 35 ans avec un doux accent italien. Compartimentée? «Oui, quand je suis avec elle, c’est exclusif: les deux autres ne sont pas là», explique-t-il. Une fois la demoiselle partie, Marco se sent libre de faire ce qu’il veut, comme il veut: il est un polyamoureux déclaré, entretenant flamme et désir avec plusieurs femmes.

«Mes histoires amoureuses se sont toujours superposées. La monogamie, j’ai essayé quelques mois, mais c’était trop d’efforts», lâche-t-il entre deux gorgées de cappucino. Vous l’aurez compris, la fidélité ne fait pas partie de son vocabulaire: Marco est en couples. La jalousie ? «Si je ne trouve pas ma place ou que ma partenaire ne m’accorde pas assez de temps», dit-il. Pour le reste, Marco est un homme heureux. «L’exclusivité de la monogamie ne provoque que drames et tensions. Le polyamour, croyez-moi, c’est plus simple».

Difficultés multipliées
Ce drôle de mot serait-il l’antidote aux séparations, infidélités et autres douleurs ? Hélas non, si l’on en croit Yves-Alexandre Thalmann, thérapeute de couple et auteur d’un livre sur les amours multiples. «Entretenir plusieurs relations simultanément peut être infernal, car les difficultés inhérentes à toute liaison se multiplient par le nombre de partenaires », estime-t-il. S’engueuler fois dix, imaginez le tableau… «Il ne faut pas confondre amour et relation. Avoir des sentiments multiples, c’est possible. Créer un vrai lien, c’est autre chose: cela exige du temps et de l’investissement,», souligne Yves- Alexandre Thalmann. D’ailleurs, notre polyamoureux Marco dit avoir de la peine à dire ce qu’est une ‘relation’ pour lui. «Les paramètres utilisés sont généralement le sexe, l’intimité, la création d’une famille ou le partage de la vie quotidienne. Or pour moi, ils ne vont pas forcément ensemble», dit-il. Et l’Italien d’expliquer qu’il lui est arrivé d’entretenir une «vie conjugale» avec une femme tout en couchant avec une autre – avec laquelle il n’aurait pas voulu vivre.

«Polyamour»: le terme est joli, mais peut-on vivre plus d’une passion en même temps ? Non car l’exercice est épuisant, si l’on en croit Denise Medico, psychologue et sexologue spécialiste des questions LGBTI. «Etre amoureux de deux personnes suscite en général beaucoup de souffrance. Plus que deux, c’est rarissime», affirme-t-elle avec un sourire. En cause, l’énergie et l’espace considérable que prend Eros dans notre cerveau. «L’état amoureux n’est pas qu’une émotion, c’est une fonction qui active la zone la plus élevée de notre cerveau, celle qui gère par exemple les pensées abstraites, le langage ou les processus mentaux plus complexes», explique Francesco Bianchi- Demicheli,spécialiste en médecine sexuelle au Département de gynécologie obstétrique à l’hôpital universitaire de Genève. Il a fait partie de la première équipe de chercheurs ayant observé l’activité du cerveau des amoureux par imagerie médicale. «Les résultats montraient que notre pensée est dirigée sur l’objet de notre passion au moins 85 % du temps. Aimer du même amour fou trois personnes ou plus, c’est donc un phénomène particulier », soutient-il.

Ni exemples ni règles
Mais il n’y a pas que l’amour fou. Il y a la tendresse insouciante, le désir coquin, l’amitié ambiguë, l’attirance qui va et qui vient… Toutes sortes de sentiments qu’expérimente sans doute Marco, qui explique son style de vie comme la conséquence de changements sociétaux. «Avant la règle, c’était: un job et un partenaire pour la vie. Désormais, on multiplie les sphères d’activités et les partenaires», soutient-il. Reste qu’il ne sait pas trop «dans quelle configuration» il pourrait réaliser un jour son projet de devenir père. Une grande question parmi d’autres sur le chemin marginal et étonnant des polyamoureux.

En savoir plus: http://polyamour.info

Le polyamour (venu de l’anglais, polyamory) traduit l’idée d’«amours multiples». Il regroupe les différentes pratiques de relations amoureuses avec de multiples partenaires.
Le terme libertin vient du latin libertinus, «esclave qui vient d’être libéré», «affranchi». Dans son acception d’origine, il désigne le libre-penseur. De nos jours, il désigne une personne qui s’adonne sans retenue aux plaisirs de la chair.
L’échangisme consiste à échanger temporairement son partenaire avec un autre couple lors d’actes sexuels.
La pansexualité désigne ceux qui aiment et entretiennent des relations sexuelles avec autrui quels que soient son genre, son sexe et son orientation sexuelle (transsexuels et intersexes compris).

1 comments

« La pansexualité […] (transexuels et intersexes compris) »
Homos, hétéros et bi -sexuels peuvent aussi aimer et désirer une personne trans ou inter-genre.
En effet, tout dépend du genre auquel ils se disent appartenir eux-memes.
Rappel : éthymologiquement (du grec), une personne peut avoir la capacité d’éprouver de l’attirance sexuelle pour une personne de genre :
« Homo » = semblable, « heteros » = différent (bi = les deux = semblable et différent).
Sans oublier « A- » : aucun.

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