Lausanne
#live

Yoa

ven 27 février, 19:30
Lausanne
#Performance

Poussière de crotte dans le cœur d’une diva

jeu 12 février - dim 15 février
Genève

OMG Neon Night

sam 7 mars, 23:00
Fribourg

Love Is A Superpower

sam 14 février, 19:30

Comment l’extrême droite divise la communauté LGBTIQ+

Comment l’extrême droite divise la communauté LGBTIQ+
© Andy Feliciotti licence unsplash

De Washington à Budapest, la méthode est la même: créer une panique morale, isoler les personnes-cis blanches homosexuelles en leur promettant la sauvegarde de leurs droits, puis les pousser à désigner les personnes trans et non-binaires comme responsables. Une stratégie vieille comme le monde, appliquée aujourd’hui à la communauté LGBTIQ+ pour mieux la dépecer.

Depuis quelques années, un scénario se répète. Dans les discours conservateurs, les droits fondamentaux acquis par la communauté LGBTIQ+ sont dans le viseur. Ce message s’adresse à un groupe précis: les hommes et les femmes cis blanches homosexuelles, souvent considérés comme les plus «intégrés» ou les plus «acceptables» dans la société hétéronormative occidentale.

Le calcul est simple: plus les personnes visées ont l’impression d’être proches du centre, plus elles craignent de perdre un statut durement acquis. La droite l’a compris. Elle crée la peur, puis observe calmement son effet.

Quand la peur se retourne contre les minorités LGBT

Une fois la panique installée, une mécanique implacable s’enclenche: ce n’est plus l’extrême droite qui devient la menace, mais d’autres membres de la communauté.

On l’entend déjà par exemple: «Les personnes non-binaires, c’est trop compliqué, iels nous desservent.»

Ce renversement du blâme sert un objectif clair: détourner la colère des véritables responsables et la rediriger vers les plus vulnérables. Il crée une ligne de fracture artificielle entre celleux qui auraient soi-disant trop de «revendications» car pas encore acquis leur droit, et celleux qui devraient se montrer «raisonnables» aux yeux de la société car iels ont acquis des droits.

En réalité, c’est une amnésie politique. Les droits dont bénéficient aujourd’hui les personnes-cis homosexuelles — mariage, reconnaissance, protections — ont été obtenus grâce à des coalitions larges, où personnes trans, non-binaires et queers étaient en première ligne. Oublier cela revient à désarmer tout le monde.

Le parallèle féministe

Ce n’est pas une stratégie exclusivement anti-queer; c’est une technique politique globale du patriarcat. L’exemple le plus frappant de ces dernières années se trouve dans les mouvements féministes américains. En 2022, avec l’annulation de Roe v. Wade, le droit à l’avortement, la droite joue la même carte: s’attaquer à un droit fondamental acquis depuis 1973, créer un choc, puis observer la division.

Au lieu de riposter ensemble, une partie du mouvement se replie sur un discours d’exclusion, visant à nouveau des minorités, les femmes trans en première ligne. Le patriarcat n’a plus qu’à regarder les féministes s’affronter… pendant que leurs droits s’effondrent.

Cette dynamique en miroir montre que diviser la minorité est devenue une stratégie centrale des offensives réactionnaires: affaiblir la réponse collective en incitant les groupes marginalisés à se déchirer entre elleux.

Une mécanique réactionnaire bien huilée

La méthode est d’une simplicité désarmante:

    1. Créer une menace.
    2. Effrayer un sous-groupe privilégié dans la minorité.
    3. Désigner un responsable interne (personne trans, non-binaire, racisé·e·x·s, migrant·e·x·s).
    4. Laisser la fracture se creuser.
    5. Attaquer plus fort, maintenant que le front est affaibli.

C’est une technique de pouvoir éprouvée: l’homonationalisme, héritée du colonialisme, nourrie par le patriarcat, amplifiée par les médias réactionnaires.

Pourquoi la division fonctionne si bien dans la communauté LGBTQIA+

Parce que nos communautés sont traversées par des hiérarchies héritées du monde patriarcal: cis avant trans, blancs avant racisé·e·x·s, valides avant handicapé·e·x·s ou intégrés avant précaires.

L’extrême droite exploite les tensions déjà présentes, mais rarement nommées:
la respectabilité recherchée par certaines personnes-cis homosexuelles, le racisme, la peur de déplaire à la majorité hétéronormée, la difficulté à assumer une solidarité radicale.

Ce n’est pas confortable à dire, mais nécessaire: les fractures existent parce que certains groupes ont peur d’être renvoyés du côté des «indésirables».

Ce que l’extrême droite redoute le plus: l’unité

Chaque avancée des droits LGBTIQ+ a été obtenue ensemble: gays, lesbiennes, personnes trans, non-binaires, queers, intersexes, racisé·e·x·s, précaires.
Chaque recul, au contraire, a suivi un moment de division.

L’extrême droite ne craint pas les débats internes. Elle ne craint pas nos désaccords, ni nos identités multiples. Ce qu’elle redoute vraiment, c’est une communauté qui refuse de sacrifier les plus marginalisé·e·x·s pour sauver sa respectabilité.

Aucune minorité ne peut gagner seule. Face à une extrême droite qui cible simultanément les personnes LGBTIQ+, les personnes migrantes, racisées, musulmanes ou précaires, seule une solidarité élargie et concrète permettra de résister. Une solidarité qui ne sacrifie personne.

C’est à cette condition que les droits pourront réellement continuer à avancer.