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Trouver sa voix pour mieux affirmer son genre

Trouver sa voix pour mieux affirmer son genre

Le 6 mars a marqué la Journée européenne de la logopédie. Saviez-vous que les professionnels de cette discipline disposent d’outils précieux pour accompagner les personnes trans* et non binaires dans leur parcours? Explications.

«La voix est la musique de l’âme», a écrit la chanteuse Barbara. Et de fait, quoi de plus unique et personnel que sa voix? Mais, parfois, cette dernière ne correspond pas à l’identité de son·sa propriétaire. C’est le cas pour les personnes trans* et non binaires qui entament un parcours d’affirmation de genre. En effet, la voix est stéréotypiquement genrée et notre oreille est entraînée à déduire l’identité de notre interlocuteur·trice·x sur la base de quelques mots prononcés, ceci peu importe son passing (capacité d’une personne à être considérée, en un seul coup d’œil, comme une personne cisgenre) ou la manière dont elle s’autodétermine.

Pour les personnes trans* et non binaires, avoir une voix non conforme à leur genre, c’est prendre le risque de se faire mégenrer au téléphone, d’être moqué·e·x voire parfois agressé·e·x… La question est donc aussi bien intime que sociale et sécuritaire. «Ma voix aiguë était l’une des choses qui me gênait le plus, et me faire systématiquement genrer au féminin accentuait ma dysphorie de genre», explique Elli, homme trans de 28 ans. La logopédie (ou orthophonie) offre à celleux qui le souhaitent un accompagnement précieux pour les aider à trouver une voix plus conforme à leur genre, mais aussi plus largement à leur identité.

Utiliser les stéréotypes
Lucile Beuvard est orthophoniste à Nantes et accueille dans son cabinet de nombreuses personnes trans* qui souhaitent féminiser ou masculiniser leur voix, ou encore la rendre plus neutre. Elle explique: «Il existe une très large gamme sur le spectre masculin/féminin de la voix, et si je dois passer par les stéréotypes durant les séances, c’est pour mieux s’en détacher ensuite pour aller au plus près de l’identité de chacun·e·x.»

De fait, la voix est quelque chose de complexe. On pense bien sûr à la hauteur (plus ou moins grave ou aigu) qui est déterminée par la taille des cordes vocales, plus longues chez les hommes cis, et par leur épaisseur, plus fines chez les femmes cis. Notons que la testostérone que prennent des hommes trans* tend à rendre la voix plus grave.

Mais la distinction faite un peu automatiquement entre voix d’homme et de femme ne se résume pas à cette hauteur. En effet, la morphologie de l’appareil phonatoire joue sur le timbre et la mélodie de la voix en déterminant comment s’ouvre la bouche et comment se placent la langue et les lèvres pendant que l’on parle. De plus, d’autres aspects des traits oraux de l’expression verbale, parfois socialement construits, participent de la distinction, comme le débit, plus lent chez les hommes, ou la fréquence des pauses, plus importante chez les femmes. Enfin, comme le signale Lucile Beuvard, il existe aussi des différences dans la manière même d’user des mots du langage: «Les femmes ont tendance à utiliser davantage d’adverbes et d’adjectifs par exemple.»

Faire la sirène
Ainsi s’amorce, pour les personnes en début de parcours, un travail vocal plus ou moins long pour trouver leur voix, afin de développer une voix qu’elles maîtrisent, qu’elles aiment et qu’elles peuvent utiliser sans réfléchir dans leurs interactions quotidiennes. «La durée de l’accompagnement dépend de la personne, de ce qu’elle souhaite, de se qu’elle s’autorise à faire, ainsi que de son âge, précise Lucile Beuvard. Les patient·e·x·s jeunes, qui ont moins de vécu du sexe qui leur a été attribué à la naissance, ont souvent davantage de souplesse vocale.» Lors des séances, mais aussi à la maison, les exercices sont multiples: simuler le bruit d’une sirène d’alerte pour explorer les possibilités de vibration des cordes vocales ou encore déclamer des textes à la manière de Fabrice Luchini pour apprendre à marquer les consonnes (l’articulation de celles-ci étant plus précise chez les femmes). Des mises en situation permettent quant à elles d’exercer la partie comportementale de la voix.

«Les séances avec ma logopède permettent d’amplifier les changements vocaux liés à la prise de testostérone. Nous travaillons beaucoup sur le placement de la voix, la résonance, le volume…» raconte Elli. Évidemment le cheminement vocal est émotionnellement intense. «Les séances sont traversées par des moments de rire, de gêne, de désarroi, de joie…» témoigne Lucile Beuvard. «Je tire de cet accompagnement beaucoup de sérénité dans une période de bouleversement hormonal, certes désirée, mais parfois bien déroutante», conclut Elli.

En Suisse, seules quelques séances de logopédie sont remboursées par l’assurance maladie de base, sous réserve qu’elles soient prescrites sur indication du·de la psychiatre. Ceci va à l’encontre des recommandations de la World Professional Association for Transgender Health sur la dépsychiatrisation des parcours d’affirmation de genre et sur l’auto-détermination.