Christophe Balleys explore les failles de la famille

Avec Fa(m)ille, Christophe Balleys nous livre une œuvre hybride, intense et bouleversante, qui fait exploser les murs du modèle familial traditionnel. Présentée aux Scènes du Grütli à Genève du 4 au 16 avril, cette pièce à la fois musicale et théâtrale interroge ce qu’il reste de l’amour, de la solidarité et des rôles quand la faille devient trop grande.
Auteur, compositeur et metteur en scène genevois, Christophe Balleys a un parcours singulier, entre sociologie, concerts et performances artistiques sous le nom de Jerrycan. «Mon rapport à la scène s’est d’abord construit avec des concerts. La sociologie m’a donné des outils pour tenter de comprendre le monde», explique-t-il. Avec Fa(m)ille, il signe un projet qui mêle ses influences musicales, théâtrales et humaines, dans une création qu’il qualifie lui-même d’«expérimentation totale».
Une parabole inversée
À partir du récit biblique du fils prodigue, Christophe Balleys imagine un scénario à contre-courant: dans Fa(m)ille, le retour du fils n’est pas une réconciliation, mais une fracture. Ce choix de départ permet d’ouvrir la pièce à d’autres voix, à d’autres regards, et surtout à une critique du modèle familial idéal.
«Je porte un regard critique sur la cellule familiale»
Si Fa(m)ille est traversée par des tensions et des silences, elle n’est jamais froide. Elle raconte comment chaque membre de la famille peut, à sa manière, se sentir exclu·e·x, et comment il devient de plus en plus difficile de «faire famille», malgré l’amour. «Je porte un regard critique sur la cellule familiale, mais aussi une envie de comprendre ce système et de découvrir ce que l’on veut vraiment», confie Christophe.
Des voix, des corps, des styles
Sur scène, la parole se mêle au chant, à la musique, au mouvement. Chaque personnage possède son propre univers musical: Mélina, la fille, oscille entre Kurt Weill et Prodigy, tandis que la mère — interprétée par la chanteuse lyrique Lisa Tatin — traverse les émotions jusqu’à une libération vocale puissante. «La voix lyrique devient l’aboutissement d’un chemin. Avant ça, la mère perd sa parole.»
Ce mélange des formes pourrait paraître risqué, mais Christophe en fait une force. «Il faut que ce soit très bien écrit, interprété, mis en lumière… Du moment que la forme fait sens avec le fond, ça fonctionne.» À l’image de cette maison familiale où tout bascule, la scénographie navigue entre intimité et abstraction, en dialogue constant avec le son, la lumière, le jeu.
Beauté, humour et résilience
Malgré la gravité du propos, Fa(m)ille laisse respirer. L’humour, l’absurde, les respirations poétiques sont essentielles pour Christophe: «Il me tient à cœur de créer des espaces de beauté qui permettent de mieux accepter la dureté de certaines choses.»
Alors que les modèles traditionnels s’effritent, Fa(m)ille tend un miroir doux-amer à notre époque. «La famille, comme tout système, peut devenir mortifère si elle cristallise les rôles et le pouvoir. Le problème, ce n’est pas le conflit: c’est de ne pas en parler.»
Durée : 1h20.
Infos et billetterie: www.grutli.ch/spectacle/fa-m-ille
Représentations:
Ven 4 avril à 19h30
Sam 5 avril à 19h30
Dim 6 avril à 18h00
Jeu 10 avril à 19h30
Ven 11 avril à 19h30
Sam 12 avril à 19h30
Mar 15 avril à 19h30
Mer 16 avril à 19h30