Culture

Avi de tempête

Jonathan Van Ness, prends garde. Avi Jakobs est l’experte beauté du show Queer Eye Germany, sur Netflix. Looks ultra-soignés, coiffures démentes et tatouage de chat, elle attire tous les regards. On s’est fait un Zoom call.

Un caffe latte pour elle, un chaï pour moi. Nous ne sommes pas attablés dans un café berlinois, mais c’est presque comme si. Avi Jakobs est chez elle, vêtue d’un hoodie jaune pâle et d’un bob Gucci, je suis au bout de ma table à manger, pas loin du lac Léman.

Avi Jakobs est la Jonathan Van Ness allemande. Dans le sens où elle est l’experte beauté du show Queer Eye Germany, qui reprend tous les codes de sa version US originale. Mais la comparaison entre les deux grooming experts s’arrête là.

Quand on voit Avi la première fois, on ne s’en remet pas. Drôle, ultra-lookée, hyper-empathique, arborant à chaque épisode des coiffures différentes, elle est un atout indéniable au succès de l’émission, une perle de casting qui, désormais, ne peut plus passer une journée sans être alpaguée. «Lorsque j’ai ouvert mon compte Instagram juste après le lancement de l’émission, je n’en suis pas revenue du nombre de messages adorables que j’ai reçus, j’en ai pleuré toute une journée», avoue-t-elle. Et s’il lui arrive de sortir de son appart berlinois avec un chapeau et de grandes lunettes de soleil pour tenter de passer incognito, elle se fait toujours repérer. La faute, vraisemblablement, à ses tatouages, celui de chat, sur la gorge, en premier lieu.

«J’ai voulu faire ce show parce que j’avais envie de faire partie du changement. J’ai un peu le gène activiste en moi, et je me suis tout de suite dit qu’en faisant cette émission, j’aurais plus de visibilité et de reconnaissance.»

Car si Avi s’occupe de beauté, elle préfère le terme d’empowerment, comme une voie d’accès à une plus grande estime de soi. «Surtout maintenant, après tous les moments difficiles, c’est bon de rappeler que tu as le droit d’être toi-même, et de passer plus de temps avec toi-même!»

Et Avi sait ce qu’elle dit. Née dans un petit village d’Allemagne, petit garçon souhaitant davantage porter des bijoux et des jupes, son enfance a été «horrible». «Pas seulement à cause des autres enfants, mais aussi de la plupart des professeur·e·s. Heureusement, j’avais une famille extraordinaire.» À 15 ans, elle quitte l’école et commence un apprentissage dans la beauté. Elle déménage à Berlin, travaille en salons, puis se lance en free-lance.

Il y a deux ans, elle a changé ses pronoms. Et il y a quelques jours, sur Instagram, elle a annoncé à ses followers qu’elle prenait le prénom d’Avi. «Il y a beaucoup de choses en lien avec les questions LGBTIQ+ qui sont en train de changer en Allemagne ces temps, notamment une loi pour faciliter le changement de nom administratif, qui prend encore aujourd’hui près de 2 ans et nécessite des évaluations psychiatriques. On sent que ça avance, mais il y a encore tellement à faire. Dans ma ‘bulle’, à la télévision, on a l’impression que tout va bien, on est vu·e·x·s, mais dans la rue, ce n’est pas encore ça.»

Et dans les petits villages dans lesquels les Fab fünf (Leni, Ayan, Aljosha, Jan-Henrik et Avi donc) débarquent, l’ambiance n’est clairement pas la même qu’à Berlin, la seule ville d’Allemagne dans laquelle Avi peut s’imaginer vivre. «A notre manière, on veut montrer qu’il y a plein de façons de s’exprimer. J’ai trente ans, et quand j’étais enfant, il n’y avait pas d’émissions qui mettaient en avant des role models inclusifs. C’est une grosse mission.»

Queer Eye Germany, saison 2? Pour l’heure, Netflix n’a rien confirmé. En attendant, les Fab fünf font la tournée des Pride (Berlin, Cologne, Vienne…), et Avi continue d’être super active sur les réseaux sociaux.

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17 juin 2022   Thèmes: Étiquettes :

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