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Apprivoiser la nuit: survivre à l’inceste, aux fantômes et à soi-même

Apprivoiser la nuit: survivre à l’inceste, aux fantômes et à soi-même
©Jules Bezençon

Dans une chronique poignante, Dolo Aurore Andaloro raconte sa descente et sa reconstruction après des années d’excès, de violence et de silence. Entre mémoire traumatique et renaissance, une confession sur l’inceste, la survie et la lumière retrouvée.

Quand ma grand-mère a été transférée à l’EMS, elle m’a transmis son appartement, dans lequel j’ai passé une année en cendres. Je lui rendais visite une fois tous les deux mois. J’avais peur de finir comme elle: tourner en rond toute la journée, les volets baissés, sentir le poids des heures.

Durant mes études, je me tenais occupé·e tout le temps. J’avais deux jobs dans le service. Je faisais du 9 h au 3 h du matin, toute la semaine. Pour répondre à mes coquetteries, je me prostituais occasionnellement. Je retrouvais des pères de famille dans des chambres d’hôtel; ça compensait la pension imaginaire du mien.

Les nuits sans saison

Le week-end, je vivais la nuit, sans remarquer les changements de saison, pensant avoir une personnalité morbide sans conscientiser toute ma sérotonine aspirée par la drogue. Une fois la lumière rallumée dans la boîte de nuit, je ramassais les dernières personnes aux pupilles dilatées pour former une bande dans mon salon. Là, je proposais des jeux pour s’occuper entre chaque trace. Des jeux où l’on devait tout raconter de nous et embrasser notre voisin·e. Ma langue passait de bouche en bouche et j’allais me coucher, le cœur palpitant, à côté de quelqu’un·e dont j’oublierais le nom.

La mémoire qui dégèle

« La mémoire traumatique, c’est mettre certains souvenirs au frigo », me dira ma psychologue. La mienne a décongelé sur mon père tentaculaire et ses mains baladeuses. Les souvenirs ne sont pas nets : les agressions apparaissent sous la forme de la maison, de la baignoire, de la porte de la chambre et du plafond. J’ai arrêté de dormir quand mes nuits n’ont porté plus qu’un seul mot : inceste, sans pouvoir le formuler à haute voix. On ne porte pas plainte pour être resté·e cloisonné·e aux murs de notre enfance.

L’eau et la lumière

Quand j’ai emménagé dans l’appartement de ma grand-mère après mon diplôme, j’ai vécu comme elle, pour me réparer. Je ne suis presque pas sorti·e. J’ai observé les feuilles changer de couleur depuis la fenêtre. J’ai remarqué la danse des oiseaux. J’ai repris des bains, comme pour, à chaque lavage, vivre un bout de résurrection. Cloisonné·e dans cet espace, j’ai compris quelque chose: les fantômes s’apprivoisent, il est possible de s’opposer à la nuit.

Dolo Aurore Andaloro. « Je joue parce que je suis née du silence et que je ne sais pas parler. »
Artiste de la scène formée aux Teintureries (promotion 2023), son parcours s’est construit à travers une exploration de la narration fragmentée et des espaces transitoires, où les frontières entre réalité et fiction s’effacent. Iel interroge les mécanismes du silence, la mémoire des corps et les tensions entre l’intime et le politique.
Son travail Dissection Putain de Folle a reçu le prix de la relève suisse au festival Friscènes et a été sélectionné au festival C’est déjà demain. En 2025-2026 est en tournée avec «Entrée des Artistes» de Ahmed Madani. Actuellement en cours d’écriture d’un long-métrage documentaire avec sa soeur Mégane Brugger.