White Lotus entre inceste, racisme, transphobie: trop loin?

Découvrez comment la saison 3 de White Lotus, avec son mélange d’inceste, de racisme et de transphobie, a délaissé le burlesque des premières saisons pour un réalisme qui suscite malaise et controverse.
Depuis ses débuts, The White Lotus nous a habitué·e·x·s à un cocktail d’humour noir, de personnages richissimes (et ridicules), et de situations carrément improbables. Les deux premières saisons, notamment, reposaient sur un burlesque assumé: on y voyait de drôles de combines, des tensions sexuelles tirées par les cheveux et un ton si outrancier qu’on finissait par en rire, même quand l’idée sur le papier n’était « pas ouf ».
Las, la saison 3 semble avoir changé de cap, troquant la distance comique pour un réalisme plus cru. Résultat: inceste, racisme et transphobie émergent sans filtre burlesque, ce qui suscite de vives réactions. Rassurez-vous, on ne se transforme pas en grumpy gays (un brin rabat-joie) qui dénoncent tout et n’importe quoi: simplement, l’équilibre entre satire et malaise semble moins maîtrisé.
Où est passé le burlesque?
Dans les saisons 1 et 2, le décalage était tel qu’on savait qu’il ne s’agissait pas d’une chronique du réel. Même l’abus de pouvoir (pas glorieux du tout!) du directeur d’hôtel passait pour un ressort comique — on pouvait dire « OK, c’est The White Lotus, c’est volontairement trop.» Et puis, il y a eu l’inoubliable Jennifer Coolidge: son «Please, these gays… they’re trying to murder me!» est entré dans la légende, porté par un esprit d’auto-dérision qui faisait plaisir à voir.
Personne ne sortait la pancarte «attention stéréotype gay»: c’était si extrême que ça en devenait drôle, y compris pour nous, la team LGBTIQ+. Bref, pas de quoi se poser en «grumpy gays» (on le répète).
Saison 3: inceste, racisme et transphobie… en mode (trop) réaliste
Cette fois-ci, The White Lotus nous sert donc un cocktail composé d’un discours exotisant sur la Thaïlande — entaché de racisme, de misogynie et de transphobie — et d’une intrigue incestueuse entre Lochlan (Sam Nivola) et Saxon (Patrick Schwarzenegger). Les personnages ne semblent plus exagérés à l’extrême: ils ressemblent à des gens «dans la vraie vie», ce qui rend ces clichés beaucoup plus dérangeants à l’écran.
Concernant l’inceste, Sam Nivola s’est confié à Variety :
«Lochlan est un people pleaser qui veut juste être aimé. Quand il regarde Saxon se masturber, ce n’est pas vraiment sexuel: c’est qu’il l’étudie, qu’il se demande comment l’imiter.»
Il précise que Lochlan reste aussi paumé à la fin de la saison qu’au début, notamment sur sa sexualité. Idée intéressante, certes, sauf qu’on ne ressent plus la satire dont la série tirait jadis sa force. À la place, on assiste à un empilement d’éléments provocateurs (inceste, racisme, transphobie, misogynie) sans ce fameux recul humoristique.
Parker Posey, on en attendait plus
Il faut bien aborder le cas Parker Posey. Avouons-le, on plaçait de gros espoirs sur son potentiel «icône gay» (une succession possible à Jennifer Coolidge?). Malheureusement, elle hérite d’un rôle trop proche de la dynamique qu’avait imposée Coolidge: un personnage un peu loufoque, mais moins marquant, qui nous laisse sur notre faim. Piper, noooo! (Oui, c’était gratuit, mais c’est le cri du cœur.)
Trop loin ou manque de distance?
Alors, The White Lotus est-elle « allée trop loin »? Difficile à dire. Une chose est sûre: en troquant le burlesque assumé contre un semblant de réalisme, la série donne l’impression que tous ces clichés — inceste, racisme, transphobie — ne sont plus des caricatures à prendre au second degré, mais des visions qui s’invitent dans un univers un peu trop proche du nôtre.
On ne critique pas la série pour son côté sombre ou ses personnages détestables. Après tout, c’était déjà le cas. Mais on regrette la disparition du filtre humoristique, qui donnait un aspect «carte postale dystopique». Là, on reste parfois un peu hébété, se demandant si on est censé en rire ou si la production prend ces horreurs plutôt au sérieux.
Un faux-pas ou une mue volontaire?
Personne n’a la réponse définitive. Peut-être que The White Lotus voulait choquer davantage, renouveler sa formule ou creuser un réalisme plus dérangeant. Libre à vous de trouver cette saison encore plus incisive… ou de juger qu’elle tombe dans le sensationnalisme.
Quoi qu’il en soit, la série reste un objet télévisuel intriguant, capable d’alterner entre éclats de génie satirique et ratés embarrassants. On ne demande qu’à retrouver cette folie désinvolte qui nous a tant fait rire, quitte à jouer (volontairement) la carte de l’excès. Parce que, sans ce burlesque, les thèmes tabous n’ont plus grand-chose pour adoucir leur impact – et c’est là que les ennuis commencent.