La chirurgie suisse à la traîne
Si le système de santé helvétique est parmi les meilleurs au monde, dans le domaine de la chirurgie d’adaptation de genre, ce n’est pas la panacée.
Lorsque l’on veut changer de sexe en Suisse, on ne se demande pas longtemps où ni comment. Les lieux de soin sont aussi peu nombreux que les praticiens. Trois hôpitaux publics: Lausanne, Bâle et Zurich, deux cliniques privées dont une partage son chirurgien avec le CHUV et des médecins qui se comptent sur les doigts d’une main. Bref, il n’y a pas pléthore. De plus, certaines opérations ne sont carrément pas disponibles ici.
Il existe trois opérations d’adaptation de genre: la vaginoplastie, la phalloplastie et la métoidioplastie. Du côté des filles, la vaginoplastie consiste à créer un sexe féminin à partir des tissus du pénis. Lorsque que cela est nécessaire, une greffe de peau peut être pratiquée pour obtenir une plus grande longueur de vagin. Le gland est transformé en néo-clitoris est ses nerfs préservés. Pour les garçons, les choses se compliquent un peu plus, car deux techniques sont possibles: la métoidioplastie d’abord – une technique qui n’est pas proposée en Suisse – est une intervention chirurgicale qui «transforme» le clitoris en pénis. La prise de testostérone provoque un grossissement préalable du clitoris. Le chirurgien le libère alors de façon à obtenir une verge ne dépassant généralement pas 5 centimètres. L’autre technique est la phalloplastie. Elle utilise de la peau et des vaisseaux sanguins prélevée sur le bras du patient pour créer un sexe masculin. Cette technique impliquant la greffe du nouveau pénis sur l’abdomen comporte, comme lors de toute greffe, des risques de rejets. Opération délicate, très longue et faisant appel à la microchirurgie, la phalloplastie permet d’obtenir un pénis assez long et large. Mais quelle que soit l’opération effectuée, il semblerait bien que, cette fois, les helvètes n’atteignent pas les sommets.
Seulement huit opérations
La quantité n’est pas gage de qualité, mais en matière de santé il faut reconnaître qu’une pratique fréquente favorise la sûreté du geste chirurgical. Or la Suisse est un petit pays et la population trans peu nombreuse, et le niveau de réussite n’est aujourd’hui pas suffisamment bon pour attirer des patients étrangers. Ainsi, «l’Office Fédéral des Statistiques n’a recensé que 8 hospitalisations pour transsexualisme durant l’année 2010» nous informe Alicia Parel, coprésidente de l’association Transgender Network Switzerland. Face à une situation générale peu réjouissante, nombreux sont ceux qui se tournent vers l’étranger.
Les problèmes rencontrés varient en fonction des opérations. La phalloplastie, par exemple, est extrêmement peu répendue en Suisse. Cette opération se pratiquant en deux voire trois phases et sur plusieurs mois, le «tourisme médical» n’est pas non plus aisé. Les complications souvent rencontrées ne sont pas entièrement imputables au chirurgien, car l’opération est lourde et délicate, mais le peu de pratique n’améliore pas la situation. Les problèmes sont fréquents et difficiles à traiter. «Certains patients ont été opérés 8 fois en une année et jusqu’à 14 fois en trois ans!», nous confie Sandra Mansi, responsable du groupe trans de l’association 360.
Un peu plus souvent réalisée sur territoire helvétique, la vaginoplastie est aussi loin d’atteindre l’excellence. Problèmes de fonctionnalité, de sensibilité, problèmes urinaires. Et surtout de fréquentes créations de fistules recto-vaginales n’ayant, a priori, pas lieu d’être. En effet, si lors de la réalisation du vagin, le chirurgien doit créer un espace entre la prostate et le rectum, les quelques millimètres qui les séparent ne devraient pas être franchis. L’aspect extérieur est rarement raté et échappe à la cascade de complications en cas d’ennuis.
Liens utiles:
Transgender Network Switzerland: www.transgender-network.ch/fr/
Association 360 groupe trans: www.360.ch/trans
Association Agnodice: www.agnodice.ch
Migrations médicales
Une offre chirurgicale maigre et des résultats pas toujours au rendez-vous poussent souvent les trans à chercher des soins hors de nos frontières.
En Suisse, l’assurance maladie de base est tenue de rembourser les opérations relatives à un changement de genre. Les assurances complémentaires sont quant à elles libres de spécifier dans leurs polices qu’elles excluent les soins dus à la dysphorie de genre, c’est-à-dire le transsexualisme. Liberté dont elles ne se privent pas.
Cependant, note la co-présidente de l’association Transgender Network Switzerland Alicia Parel, de petites caisses maladies acceptent parfois de rembourser des soins effectués à l’étranger. «Cela peut aussi répondre au principe d’économie inscrit dans la LaMal, ajoute-t-elle. Il est important de prendre contact avec son assurance et de lui demander si elle est prête à rembourser une opération à l’étranger avant tout.» Mais tout le monde ne profite pas d’une caisse maladie coopérante. Beaucoup attendent alors d’économiser ou souvent d’obtenir un crédit pour s’offrir ces soins. Et les sommes sont importantes: plusieurs dizaines de milliers de francs. «Une solution réaliste serait de repenser l’obligation d’opérer en Suisse et de rediriger les patients à l’étranger dans des centres à la pointe», suggère Alicia Parel. En attendant des réformes du système, chacun tente d’obtenir de son assurance les meilleurs soins. Ainsi, «des membres de 360 vont déposer des dossiers auprès des assurances pour obtenir des remboursements de soins à l’étranger en s’appuyant sur le fait que certaines techniques ne sont pas proposées en Suisse et que, globalement, la qualité est bien meilleure dans d’autres pays», explique Sandra Mansi responsable du groupe trans de l’association 360.
Une chirurgie d’adaptation de genre de pointe relèveraitelle de l’utopie dans l’un des meilleurs s y s t è m e s de santé du monde? Quoi qu’il en soit, la situation actuelle est préoccupante et il serait grand temps de mettre en place des solutions réalistes pour permettre à tous l’accès à des soins de qualité. Affaire à suivre.
C’est clairement un problème grave. Mais au moment, les caisses maladies n’ont pas la compétence de rembourser les fraits des opérations en etranger. Même si une caisse voudrait elle n’est pas libre de rembourser plus que le LamaL permet. Art. 34 du LamaL dit clairement que c’est le Conseil fédérale qui peut changer cette situation.