SLIT, une percée dans l’univers du cruising FLINTA

Ordinairement réservé aux hommes qui aiment les hommes, le célèbre club Lab.oratory, à Berlin, ouvre désormais ses portes aux personnes FLINTA lors de soirées ponctuelles baptisées SLIT. Coup d’œil féminin dans cet antre du sexe libéré, qui devient le temps d’une nuit la scène du cruising en mixité choisie.
Quiconque s’intéresse à la scène queer berlinoise a dû entendre, un jour ou l’autre, parler du Lab.oratory, le sex club gay voisin du mythique Berghain. Avec sa devise «men only – play safe – dress dirty» (ndlr: réservé aux hommes, jouez en sécurité, habillez-vous vulgairement), il est connu pour ses soirées faisant la place à tous les fétichismes. Même en tant que femme, je ne peux m’empêcher d’éprouver une certaine curiosité pour ce lieu.
Aussi, quand j’ai appris qu’il accueillait désormais des soirées réservées aux personnes FLINTA, j’ai sorti du placard mon plus beau harnais et attendu avec impatience la prochaine édition. Baptisé SLIT, (ndlr: fente), l’événement, qui est à l’agenda du Lab une poignée de fois par an, se définit comme une véritable sex party adressée à toute personne se reconnaissant dans l’acronyme FLINTA. Un terrain de jeu idéal pour un cruising qui, s’il fait moins parler de lui que sa version masculine, existe bel et bien.
Curiosité, harnais et premières appréhensions
Bien que devenant gentiment coutumière des soirées sexpositive, je reste novice de la drague queer. C’est donc avec une curiosité mêlée de timidité que je me suis rendue à ma première soirée «FLINTA only». Le « Lab » est connu pour être un lieu où la sexualité s’exprime directement et sans complexes. Pourtant, on entend souvent dire que la drague entre personnes FLINTA est moins directe, plus lente, et peut-être plus respectueuse, ou du moins prudente, qu’entre hommes cis… à quelle ambiance faut-il donc s’attendre dans une soirée qui leur est réservée? Et moi-même, une femme cis, suis-je capable d’avoir une sexualité si décomplexée?
Vibe check et premiers pas dans l’arène
Des questions qui m’habitent en rejoignant la file d’attente, ce samedi soir de novembre. Après avoir passé le «vibe check» de l’entrée et rangé mes affaires dans un grand sac en plastique, mes pas me mènent jusqu’à la piste de danse et aux différentes alcôves et installations. Les espaces de jeux sont nombreux, certains en pleine vue et d’autres plus intimistes, ou obscurs. Le bar et l’entrée du club semblent dédiés aux conversations, peut-être aux rencontres.
Un cruising à un autre tempo
Pendant que le lieu se remplit, je prends le temps de découvrir le décor (très beau) et la musique (moins intéressante). La soirée ne fait que commencer, l’ambiance est encore calme, propice aux discussions autour d’un verre. Mais quelques personnes ont déjà investi les espaces de jeux. Beaucoup semblent être venues et restent en groupes, cela dit. Je repère toutefois quelques sourires timides et échanges de regards, des discussions qui se nouent et mènent parfois plus loin. Les interactions que je vis et observe sont respectueuses, parfois presque trop timides, parfois plus explicites, mais jamais malvenues: le consentement est souvent donné et recherché de manière explicite. Le cruising FLINTA fonctionne effectivement à un autre tempo, mais il se fait une vraie place dans la soirée.
Quand la performance fait basculer la nuit
Après une performance mettant les strap-on à l’honneur – choix intéressant, pour une soirée baptisée SLIT – l’atmosphère se charge d’une énergie sexuelle et le mobilier qui accueillait les conversations sert de plus en plus de support aux désirs des participant·e·x·s. Même si une partie de la foule préfère toujours danser, boire et discuter, la sexualité occupe une réelle place dans la soirée. Les corps, tenues et pratiques reflètent plutôt bien la diversité de la communauté, peut-être le résultat d’une absence de regards masculins ou hétéronormatifs. De mon côté en tout cas, je me sens petit à petit plus libre d’explorer, d’interagir avec les personnes qui croisent mon chemin, et je me retrouve à participer moi aussi à l’ambiance sensuelle et sexuelle, qui persistera jusqu’au petit matin.
Plus qu’une sex party: un espace d’affirmation queer
N’être entourée que de personnes FLINTA, staff compris, m’a permis de me sentir en sécurité, libre de laisser ma sexualité s’exprimer. Pour une femme queer comme moi, qui ai mis du temps à sortir de l’hétérosexualité, des espaces comme celui qu’offre SLIT sont particulièrement importants et représentent bien plus qu’un simple terrain de jeux et d’expérimentation: ils contribuent à l’affirmation de nos identités queer. Reste à espérer que l’événement devienne un rendez-vous régulier du calendrier du Lab.oratory, n’en déplaise à certains puristes qui souhaitent que le lieu reste exclusivement masculin, ou que d’autres soirées du même genre continuent à apparaître – peut-être même en Suisse ?
