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Théologie queer et féministe: entretien avec la pasteure Carolina Costa

Théologie queer et féministe: entretien avec la pasteure Carolina Costa
©Jules Bezençon

La pasteure Carolina Costa développe une théologie queer et féministe qui relit la Bible depuis ses silences, ses marges et ses zones d’ombre. Dans cet entretien, elle évoque le désir, le plaisir, la fête, les violences sexuelles, le pardon et la réparation. Une parole incarnée, traversée par l’expérience intime et la foi, qui ouvre la possibilité d’un·e Dieu·e libérateur, loin des figures autoritaires et patriarcales.

Dans cet entretien avec la pasteure Carolina Costa, nous avons parlé de théologie féministe, de plaisir, de fête; comment, de ses ruines, elle a bâti une cathédrale.

À ma question: Mais est-ce qu’il y a des lesbiennes dans la Bible?, Carolina me répond: «Toi, tu en as trouvé?» Elle m’explique alors que la théologie queer et féministe est une affaire de chasse aux trésors: il faut inventer les histoires au verso des autres.

«La théologie queer, c’est aller chercher la trace de celles et ceux dont on n’aurait pas pu raconter l’histoire à l’époque mais qui, pourtant, existent en filigrane. C’est d’ailleurs souvent dans des parties de texte très peu commentées, laissées de côté parce que difficilement déchiffrables, qu’on trouve de petites traces.

Les eunuques*, par exemple, pourraient aussi être une mention subtile des personnes intersexes dans la Bible.

Par ailleurs, la communauté LGBT tend un miroir aux hétéros: elle les met face aux contraintes ou aux injonctions qu’ils s’imposent quant à leur sexualité, avec des limites imposées que ce soit dans les pratiques, dans le stress de la performance ou dans le fait de mettre la reproduction au centre, contrairement à vous qui faites l’amour pour le plaisir et par pur désir. Je pense que les homophobes reflètent leurs profondes frustrations, leur haine d’eux-mêmes et leurs propres jugements. Pourtant, l’apôtre Paul a quand même écrit: «Le corps est le sanctuaire de Dieu.» ce qui devrait nous questionner sur le fait que Dieu nous a créés, nous les femmes*, avec un organe destiné uniquement au plaisir, avec le clitoris. Cela ne peut qu’induire l’idée que le désir de Dieu est aussi d’ouvrir la sexualité à d’autres horizons que la reproduction.

Toutes ces choses-là nous obligent à découvrir un Dieu qui est différent de celui qu’on nous sert la plupart du temps, un Dieu juge, autoritaire, patriarcal, etc. Alors qu’en fait, c’est un·e Dieu·e de la fête. Moi, chaque fois que je prie Notre Père, je dis, comme une personne trans de ma communauté en ligne me l’a suggéré: «“Que ta volonté soit une fête sur la terre comme au ciel.”»

La Bible peut-elle être un support pour les victimes de violences sexuelles?

«Par exemple, me dit-elle, dans la Bible, il existe le récit d’une femme courbée. J’ai, moi aussi, tendance à me pencher vers l’avant; mon physiothérapeute dit que c’est pour me protéger de l’extérieur. On peut donc faire un exercice d’interprétation, à partir de notre réalité de femme, et imaginer que cette femme repliée sur elle-même, qui fait peur aux autres et qui a peur de l’autre, a pu subir une agression sexuelle. Jésus, en s’approchant d’elle et en la mettant en lumière, lui permet de se redresser avec toute sa dignité. Mais aussi, le récit d’une traversée pour survivre ou ressusciter, c’est l’image de Jésus crucifié qui dit:
«Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font» (Luc 23, 34). Il y a tout sur cette croix: la trahison, la calomnie, la violence, l’abandon, le mal, la torture, la barbarie et la mort. Et sur cette même croix, tu as ce Jésus qui est l’innocence même, qui représente toutes nos propres innocences,
trahies, bafouées et violentées, mais aussi tous nos travers et nos propres jugements. Et son geste divin est de tout accueillir les bras ouverts, de traverser toutes ces épreuves par l’Amour absolu, infini et inconditionnel. D’ailleurs, dans l’Évangile de Jean, quand il est dit “L’obscurité ne t’a pas saisie”, c’est pour dire: tout ce mal ne peut pas anéantir l’Amour et la Lumière de Dieu qui traversent tout et contiennent tout.»

Et les agresseurs?

«Le mot utilisé par Jésus pour parler des méchants est kakos. Il peut être traduit par une personne mauvaise, qui fait du mal mais aussi qui souffre et qui a mal. C’est un mot double-face. Dans le Notre Père, on dit: «Ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du mal.» On peut entendre par là: délivre-nous de ce qui nous fait mal. Parce que sinon ce mal nous bouffe et on peut à notre tour être encore plus mauvais, dans le sens être habité par tout ce mal. Donc, pour couper cette chaîne, il n’y a que le pardon, qui à l’origine est égoïste. Le pardon, c’est pour se libérer de la chaîne du mal.
Durant mes études de théologie, j’ai subi une agression sexuelle. Ça a brisé ma confiance fondamentale en l’Amour et en la vie, j’ai eu envie de mourir. Quand j’ai trouvé les bons mots sur ce qui m’était arrivé, j’en ai parlé à mon copain, qui était pour moi le grand amour de ma vie, et il ne m’a pas crue. Notre relation a terminé de manière abrupte, ce qui m’a conduite dans une détresse profonde et, à force de me voir recluse et livide, ma mère est venue s’asseoir à côté de moi dans mon lit et m’a dit: “Je ne sais plus quoi faire pour toi.” Ça m’a réveillée, et je suis partie marcher dans un pays choisi au hasard sur une carte: le Népal.

Une rencontre lors du voyage m’a amenée au Tibet. Là-bas, j’ai vécu une expérience spirituelle profonde d’unité. Les paysages du Tibet sont si vastes et si impériaux qu’ils ouvrent à l’infini; d’ailleurs, on dit que les montagnes sont proches du divin. En me renseignant à mon retour, je suis tombée sur un texte du Dalaï-Lama qui disait qu’il était très courant de vouloir devenir bouddhiste après être allé au Tibet, mais il nous invitait à aller chercher la résonance de cette expérience dans notre propre religion et c’est ce que j’ai fini par re-trouver dans la foi chrétienne. À la fin de mes études de théologie, j’ai déménagé à Paris. Là-bas, j’ai fait beaucoup de musique, j’ai commencé à me reconstruire émotionnellement et j’ai rencontré mon futur mari. Alors, toutes les questions existentielles et spirituelles me sont revenues, encore plus fortes. Sur le conseil d’un pasteur, j’ai décidé de revenir à Genève et d’entrer en stage pour devenir moi-même pasteure. Pendant longtemps, j’ai souffert d’un syndrome de l’imposteur: je n’étais pas à l’image que je me faisais des pasteurs. J’étais jeune, j’aimais la fête. Je gardais en tête le Jésus révolutionnaire de mon adolescence, et pourtant, le premier jour, dans l’imposante cathédrale de Saint-Pierre, j’ai ressenti que j’étais exactement où je devais être. »

Passer par la fenêtre

Comme Carolina Costa, j’ai longtemps porté ma croix, comme une ombre toujours derrière moi, et un jour j’ai décidé de faire des églises mes maisons d’emprunt. Contourner les portes qui me semblaient fermées à ma communauté et passer par la fenêtre.

*Dans la Bible, les eunuques (du grec eunouchos, littéralement «gardien du lit») sont des hommes castrés ou chastes, parfois de force, parfois par choix, et ils apparaissent à plusieurs reprises dans les textes bibliques.
Matthieu 19,12: Jésus parle des eunuques en trois catégories:
«Il y a des eunuques qui le sont nés ainsi, d’autres qui ont été faits eunuques par les hommes, et d’autres qui se sont eux-mêmes rendus eunuques à cause du Royaume des cieux.»