Les lecteurs sont furax
Le courrier des lecteurs publié ce mois-ci dans l'édition papier de 360°. Réactions à propos de l'article «La nouvelle théorie du complot» et de la chronique «Un Prozac dans ma bière» de notre édition de mars.
Mais qui a parlé de complot homosexuel? Dans son article intitulé La nouvelle théorie du complot (360°, mars 2004), Emmanuel Coissy cite mon article L’Autre Guerre des sexes (Profil Femme No 45, octobre 2003): «Lorsqu’on est en minorité, quelle qu’elle soit, on a peur de disparaître, alors on affirme sa différence, avec véhémence, avec violence aussi parfois. Les opprimés deviennent les oppresseurs. Une autre forme de racisme voit le jour. Elle s’appelle l’hétérophobie.» Et il enchaîne ainsi: «En résumé, certains membres de la communauté LGTB seraient des fascistes en puissance et en étirant le discours tous ses membres porteraient en eux le germe de la révolution. Fini le temps où l’on considérait les homos comme des gens branchés et sympas? À l’instar de cet article, la tendance à voir désormais les homos comme des preneurs de pouvoir, capables même de mettre en danger la survie de la population, est tangible dans les médias.» Le but de mon article n’est évidemment pas de dénoncer une montée d’un «fascisme homosexuel» et je ne suis pas suffisamment paranoïaque pour imaginer un «complot» homosexuel. Je m’interroge sur les raisons et les effets de l’utilisation d’un terme sous la plume notamment d’Erik Rémès que je cite: être hétérophobe, c’est «une position théorique pour répondre à des siècles d’oppression de la domination masculine et de l’hétérosexisme. Une position radicale, à l’image des Black Panthers. Lutter contre l’oppresseur. Au “sale pédé”, “enculé”, je réponds “sale hétéro”.» L’hétérophobie veut être une réponse linguistique à l’homophobie. À l’heure où l’homophobie régresse – en Occident – ce discours ne va-t-il pas, justement, la revivifier? L’injure n’a jamais fait avancer une cause, rien ne sert que la droite attaque la gauche et vice-versa, il faut proposer autre chose. Partir de soi. Black is beautiful. Le terme «proposer» introduit à l’autre aspect de mon article: si l’homosexualité permet à ceux qui se sentent marginaux de mieux respirer, tous les homosexuels, aujourd’hui, ne font plus des choix de vie marginaux – ayant justement obtenu la possibilité de choisir. Ce que Rémès dénonce: «Les gays sont parfois des censeurs de première alors que l’homophobie régresse chez les hétéromachintrucs. Ils n’acceptent plus les discours déviants et alternatifs. Leurs réactions peuvent être très violentes. Alors, les droits pour tous, ok. Mais sans l’intégration normalisante.» À l’hétéronorme «beauf» correspond aujourd’hui une homonorme (cf. Jean-Yves Le Talec, Figures de la folle, approche sociologique de l’homosexualité masculine). Il est absurde de se cantonner dans des positions «hétérophobes» et «homophobes». L’opposition, voire le combat, est entre la norme et la marge, entre le «beauf» et le «queer», sachant qu’on peut être homo et beauf, hétéro et queer. Tout ceci n’a rien à voir avec la prétendue crainte d’un «complot homosexuel». Homos et hétéros queer, unissons-nous – c’est la seule réponse au machisme et à l’intégrisme! Sandrine Fabbri, une hétéro queer Image insultante A côté de l’article intitulé «Un Prozac dans ma bière» (360° No 35), votre journaliste mentionne dans l’agenda lausannois mon établissement, le 43:10. Avec ce commentaire: «Jeudi pédé, deuxième et dernier samedi du mois tendance lesbienne, le 43:10 c’est Megève sous popers, Avoriaz sous parapluie japonais. Incontournable.» Je n’accepte pas les termes utilisés pour présenter mon club! D’abord je me demande pourquoi un magazine Gay & Lezzie utilise le terme de pédé au lieu de gay, un terme insultant qui, de plus, ne vous fait pas de publicité. En outre, les allusions au popers et aux stations de ski (de la poudre blanche?) sont intolérables. Tiziano Giaffreda, 43:10 Club, Lausanne 360° précise qu’il n’était nullement dans son intention de faire des allusions comparatives douteuses pour décrire le 43:10. En utilisant cette métaphore scintillante, il s’agissait simplement de dire que ce club, recommandé dans notre sélection, se distingue par une ambiance chaleureuse. Quant aux termes «pédé», de même que «gouine», 360° ne fait jamais de complexe à les utiliser dans la mesure où il s’agit d’une réapropriation de mots faisant partie intégrante de notre culture. La rédaction
