Femmes de platine
Depuis deux ans, djane Mithras dirige une école pour djanes… Entendez par ce terme les femmes DJ. «C’est la seule au monde», souligne-t-elle fièrement. Autour d’elle, un réseau se met en place. Rencontre.
Macho le monde des platines? Pour djane Mithras, la réponse est oui. Certes, depuis quelques années les filles sont plus nombreuses à mixer. Certes, il y a des stars, comme DJ Tatana. Et certes, la qualité s’affine. Mais elles restent peu connues et apparaissent peu dans les médias spécialisés «dominés par des rédactions masculines», s’enflamme-t-elle. Toujours prête à soulever le sexisme du milieu du bizz musical, elle assure n’avoir «jamais vu autant de flyers techno et hip-hop aussi sexistes». Et le milieu, elle connaît.
Djane Mithras est organisatrice de soirées depuis presque vingt ans, elle est même prof «ès djing» depuis 1998 et près de 300 filles ont suivi ses cours. Comme ce n’était pas assez, elle a ouvert en 2002 «la première école uniquement pour djanes», comme elle aime le dire. «Je tiens à ce mot Djane, même si toutes les filles ne sont pas d’accord de l’employer. Pour moi, cela rend visible qu’il s’agit d’une femme DJ. Et c’est important. Surtout pour les jeunes, car, pour eux, ce qui ne se voit pas n’existe pas», explique, pédagogue, notre vieille routière des soirées électro.
Un label recherché
Son école, Rubinia djanes, est ouverte à tous les styles. Située dans un des sous-sols de la vénérable enceinte Warteck pp de Bâle, une ancienne brasserie transformée en centre culturel, c’est une véritable caverne d’Ali Baba pour les toquées de musique électro. Deux studios, équipés de deux sets de platines technics mk2 et autres machines pro. Les cours se répartissent sur trois niveaux: Introduction à la technique («C’est la base et aussi ce qui freine le plus les filles»), Introduction au mixage et Spécialisation dans un style. Sa clientèle? Des femmes de Suisse, d’Allemagne et d’Autriche, âgées entre 20 et 40 ans. «Pourtant, je m’attendais à voir des gens plus jeunes, entre 16 et 25 ans.»
Mais Rubinia djanes est aussi un espace ouvert. «Les djanes peuvent louer un studio et venir s’exercer tranquillement. Actuellement, une trentaine de djanes viennent régulièrement perfectionner leur technique.» Djane Mithras prend soin du réseau qu’elle s’est constitué. Elle cite sa première élève douée Miss Sheila «pour qui ça marche bien maintenant», «ses» artistes actuelles, dont les portraits au Polaroid sont punaisés sur les murs du studio et encore quelques incontournables des nuits alémaniques qui gravitent autour de l’école bâloise. Rubinia djanes est désormais un label que certaines djanes diffusent, telle djane Vandee (Pink LAGOoon et Tunnel de Fribourg) qui sur son site accole son nom à celui de Rubinia. «Ça me fait de la pub. Et en retour, j’offre une plate-forme performante. En effet, tout organisateur de soirée peut passer par moi pour entrer en contact avec les djanes», explique la Bâloise. A bonne entendeuse!
Rubinia djanes, Burgweg 7, Warteck pp
Djane Mithras – Mithras N. Leuenberger
061 692 70 42
076 33 44 572
