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Soumission chimique: comprendre, prévenir et agir

Soumission chimique: comprendre, prévenir et agir
©Nataliya Melnychuk (licence unsplash)

En ouverture de la Campagne 25 novembre-Genève contre les violences sexistes et sexuelles, une table ronde réunira le 13 novembre à Genève des expert·e·x·s venu·e·x·s du milieu médical, judiciaire, médiatique et associatif. Ensemble, iels dresseront un état des lieux de la soumission chimique et des moyens concrets pour mieux protéger et accompagner les victimes.

Rendre une personne vulnérable en lui administrant de l’alcool, des médicaments ou d’autres substances psychoactives sans son consentement: c’est cela, la soumission chimique. Une violence qui ne se résume pas à la fameuse “drogue du violeur”, rappelle le journaliste Félix Lemaître, auteur de La nuit des hommes (JC Lattès, 2024).

«Le déplacement majeur que m’a fait opérer cette enquête, confie-t-il, c’est que la soumission chimique peut avoir lieu en contexte privé: après un premier rendez-vous, dans un couple violent, ou même dans un cadre familial. Il n’y a pas de drogue du viol, il n’y a que des violeurs qui utilisent des drogues.»

Pour le journaliste, la persistance d’un imaginaire médiatique centré sur le GHB empêche de comprendre l’ampleur réelle du phénomène. Derrière les histoires de “soirées qui tournent mal”, il y a surtout un continuum de violences genrées et des agresseurs souvent insérés socialement. Une perception qui empêche de faire de la prévention efficacement.

L’ombre du silence et du déni

Les victimes de soumission chimique se heurtent à un double obstacle: l’amnésie traumatique et le manque de formation des institutions.

«Les victimes doivent souvent reconstituer leurs soirées, leurs gestes, leurs trous de mémoire», explique Félix Lemaître. «Et quand elles trouvent le courage de porter plainte, il est souvent trop tard pour que les analyses révèlent une substance.»

Cette difficulté, Me Laura Santonino, avocate et juge suppléante au Tribunal pénal de première instance, la rencontre régulièrement:

«Il est très difficile d’établir scientifiquement le taux d’alcoolémie ou la présence de drogues au moment des faits. Beaucoup de victimes mettent du temps à sortir du choc ou du déni avant de se rendre à l’hôpital. Pourtant, il est essentiel d’effectuer des prélèvements rapidement, même sans déposer plainte immédiatement.»

L’avocate rappelle aussi que le juge doit composer avec un “faisceau d’indices”: témoignages, vidéos, analyses, comportement de l’accusé. Malgré les obstacles, des condamnations restent possibles, à condition que les preuves soient conservées à temps.

Déconstruire la “normalité” festive

Si la justice s’adapte lentement, la prévention s’organise. À Genève, l’association We Can Dance iT agit depuis plusieurs années pour rendre les espaces festifs plus sûrs. En 2023, elle a mené le projet “Consentement, substances et fête” sur la Plaine de Plainpalais, sensibilisant près de 400 personnes à la soumission chimique. En collaboration avec l’Etat et la Ville de Genève et l’association Nuit Blanche, iels ont créé un dépliant de prévention distribué sur le terrain, rappelant les gestes à adopter en tant que victime ou témoin.

Mais la sensibilisation ne suffit pas toujours:

«Il reste encore beaucoup d’idées reçues, explique l’équipe. On pense que la soumission chimique, c’est forcément du GHB, ou que ce sont toujours des inconnus. On oublie que l’alcool est la substance la plus utilisée et que les agressions sont souvent commises par des personnes de confiance.»

Depuis cet automne, We Can Dance iT lance un nouveau dispositif: la Team Care, une équipe formée à la prise en charge des victimes de violences sexistes, sexuelles et de genre dans les événements culturels et festifs. Soutenue par le programme G’innove de la Ville de Genève, cette équipe interviendra sur une quinzaine de manifestations entre l’automne 2025 et 2026, en partenariat avec des lieux et festivals locaux.

«La Team Care, c’est une présence bienveillante, identifiable, prête à écouter, orienter et réagir sur place», précise l’association dans un communiqué. «L’idée est de travailler main dans la main avec les équipes de sécurité, les samaritain·e·x·s et les organisateur·ice·x·s.»

Former, écouter, agir

De la salle d’audience au dancefloor, la soumission chimique dessine une même urgence: celle de la formation et de la coopération.
«Former les staff, les barmans, les vigiles, c’est urgent», insiste Félix Lemaître. «Le consentement doit être éclairé, réversible et enthousiaste. Le “qui ne dit mot consent”, c’est non.»

À travers cette table ronde, le canton et la Ville de Genève réaffirment leur engagement contre les violences sexistes et sexuelles, en soutenant celleux qui œuvrent pour que la fête reste un espace de liberté et non de danger.

Table ronde: “Soumission chimique et violences sexuelles – Enjeux et décryptage”
Jeudi 13 novembre, de 18h45 à 20h30
Le Groove, rue des Gazomètres 9, Genève
Entrée libre, sur inscription: Campagne 25 novembre-Genève 2025 – Soirée d’ouverture – Inscription Table-ronde
Avec Jasmine Abdulcadir (HUG), Félix Lemaître (journaliste, auteur de La nuit des hommes), Me Laura Santonino (avocate et juge suppléante) et We Can Dance iT (association pour des espaces festifs plus sûrs). Modération: Agathe Seppey

Un événement organisé par le Bureau de promotion de l’égalité et de prévention des violences (BPEV) et le Service Agenda 21 – Ville durable de la Ville de Genève, dans le cadre de la Campagne 25 novembre – Genève 2025.