Western trans dans le désert chilien

Avec Le mystérieux regard du flamant rose, Diego Céspedes plonge dans le Chili des années 1980, où une petite communauté queer fait face à la haine et à la peur suscitée par le «cancer gay».
Début des années 80, dans un désert caillouteux au nord du Chili. Lidia, 12 ans, grandit au sein d’une famille queer exubérante, qui a trouvé refuge dans une sorte de saloon aux abords d’un village isolé de mineurs de cuivre. C’est la cantina de Mama Boa, qui sert de cabaret et d’abri à un groupe de «maricas», femmes trans et de travestis. Elles portent toutes des noms d’animaux, Boa, Piraña, Leona, tandis que la «mère» de Lidia, un des personnages principaux, emprunte celui de Flamenco (Flamant rose).
Quand une mystérieuse maladie fatale, appelée à l’époque le «cancer gay», commence à se répandre, une rumeur affirme qu’elle se transmet par un simple regard. Un coup de foudre, et on tombe malade.
Avec son lot de morts, la communauté devient rapidement la cible de toutes les peurs, sur fond d’ignorance et de fantasmes collectifs. Discriminée, rejetée, menacée, mais résiliente, elle fait front. Pétillante, flamboyante, refusant l’inéluctable, elle organise des spectacles burlesques et des concours de Miss à grand renfort de paillettes.
Une quête vengeresse
Pour Le mystérieux regard du flamant rose, premier film plein de tendresse et d’humour qui rappelle les ravages du sida à une époque où n’existait aucun traitement, le réalisateur chilien de 31 ans Diego Céspedes emprunte les codes du western. À l’image de Lidia, qui se lance pistolet au poing dans une quête vengeresse lorsque Flamenco meurt, victime de la violence masculine.
À noter que ce long métrage original et inventif a pour interprètes de véritables travestis, qui revendiquent leur identité dans la provocation assumée d’une féminité parfois outrancière.
Diégo Céspedes, marqué dans son enfance par la mort de nombreux homosexuels, mais dont le coming-out a influencé la vision artistique, a notamment déclaré sur Arte vouloir se réapproprier les mythes et les légendes de son pays, sans en omettre la dimension politique. «J’aborde ainsi la question de l’homophobie et de la transphobie au Chili à travers une satire de la gestion de la pandémie du VIH dans les années 80. Raconté du point de vue d’une fillette, mon film explore les relations amoureuses homosexuelles à travers un mythe, inventé par toute une population aveuglée par la peur et la méconnaissance de ce virus.» Une démarche qui, selon lui, doit «rendre leur humanité aux victimes, noyées dans l’anonymat que la société de l’époque leur a imposé».
Ovationné lors du Festival de Cannes en mai dernier, Le mystérieux regard du flamant rose a remporté le Prix de la section Un certain regard.
