Black Movie, tourbillon de liberté

Le Festival international de films indépendants genevois propose un programme riche de 104 œuvres dès le 16 janvier. Quinze réalisateurs sont invités, ainsi que l'acteur chinois Tony Leung Chiu-wai, icône du cinéma asiatique. Coup d’œil aux pépites queer...
De Délires orwelliens en Trilogie sylvestre, en passant par des Métamorphoses ou des Exutoires jouissifs, Black Movie offre un sacré voyage au fil de 48 longs métrages et 56 courts. Pour sa 27e édition, qui se tiendra à Genève du 16 au 25 janvier, il programme des cinéastes prônant la liberté de pensée et l’autodétermination, comme le déclare sa directrice artistique, Maria Watzlawick. En marge des courants traditionnels, Black Movie se décline ainsi en onze thèmes tels que l’éducation, le futurisme, la famille, la surveillance des corps et des esprits, le totalitarisme ou encore la révolte. Autant d’œuvres, autant de formes, de genres et sujets abordés tout au long de ces différentes sections, dont des thématiques LGBTQIA+.
Niñxs, de Kani Lapuerta (Mexique)
À commencer par Niñxs. Dans la petite ville mexicaine de Tepoztlán, Karla partage de manière intime son parcours vers la découverte d’elle-même, de la fin de l’enfance à l’adolescence. Alors qu’elle est, en tant que personne transgenre, confrontée aux complexités, joies et incertitudes du passage à l’âge adulte.
Il s’agit du premier long métrage du Mexicain Kani Lapuerta. Lui-même homme trans, il fait de ce document filmé sur huit ans une exploration joyeuse et anarchique.
Songs of Forgotten Trees, Anuparna Roy (Inde)
Thooya, une jeune migrante extravertie qui veut devenir actrice, habite Mumbai et survit en se prostituant occasionnellement. Tout en sous-louant une pièce de son appartement à Swetha, une autre immigrée, employée dans un centre d’appels et récemment arrivée en ville. Toutes deux commencent à se partager l’espace ainsi que des confidences. Au milieu de l’agitation de la métropole, elles se découvrent plus qu’une simple amitié.
Conte urbain et féministe, Songs of Forgotten Trees capte les enjeux qui agitent les migrant·e·x·s et dessine un beau portrait de femmes décidées à prendre leur destin en main, en dépit des difficultés.
Morte e Vida Madalena, Guto Parente (Brésil)
Productrice de cinéma enceinte de huit mois, Madalena s’apprête à reprendre le tournage d’un nanar de science-fiction, style Star Wars fauché, écrit par son père récemment décédé. Mais les difficultés s’amoncellent lorsque Davi, le cinéaste choisi pour la mise en scène – accessoirement son ex-compagnon – abandonne le navire du jour au lendemain et se volatilise dans la nature. Personne ne veut désormais assumer la réalisation du film et l’argent manque….Mais Madalena est une force de la nature. Portant l’enfant, le film et la communauté queer réunie autour d’elle, la jeune femme n’a d’autre choix que de tout faire pour terminer l’ouvrage.
Entre telenovela et farce, Morte e Vida Madalena est une ode au cinéma de genre et à la liberté de créer.
Autres films à ne pas manquer
Le Sud-Coréen Park Chan-wook propose No Other Choice, adapté de Le Couperet, de Donald Westlake, roman noir sur les manigances meurtrières d’un cadre en col blanc. Le Portugais Pedro Pinho revient avec Le rire et le couteau, film-fleuve qui aborde l’enjeu du post-colonialisme. De son côté, la cinéaste hongroise Ildikó Enyedi présente Silent Friend, qui entremêle les récits autour d’un arbre majestueux, le gingko. Sa tête d’affiche, le Chinois Tony Leung Chiu-wai, icône du cinéma asiatique, sera présent pour la projection le dimanche 18 janvier. Black Movie s’intéresse également cette année aux questions de dystopies et de récits alternatifs. Avec notamment le documentaire du Haïtien Raoul Peck, Orwell: 2+2=5, qui livre un état des lieux terrifiant des effets de la post-vérité sur la société.
Black Movie rend aussi hommage aux combattants contre l’autoritarisme. Le festival a choisi le dernier film de l’Ukrainien Sergei Loznitsa, Deux procureurs. Primé à Cannes, le long métrage suit un jeune procureur engagé dans les méandres des procédures juridiques de l’ex-URSS. Une rencontre sera organisée avec le réalisateur le mercredi 21 janvier.
Avec Belén, l’actrice et auteure Dolores Fonzi revient sur un événement-qui a fait basculer le cadre légal de l’avortement en Argentine. À relever encore de la science-fiction avec U Are the Universe de l’Ukrainien Pavlo Ostrikov, évoquant le voyage d’un transporteur spatial, seul survivant de l’humanité.
Projections pour les petits et des fêtes pour les grands
Enfin n’oublions pas le petit Black Movie. Cette section destinée aux enfants propose quarante films venus de 34 pays, célébrant la diversité et encourageant la réflexion sur l’écologie et la différence. Dont Planètes, de la Japonaise Momoko Seto, une ode à la biodiversité. Des ateliers et un ciné-concert complètent la programmation. Et puisqu’on parle d’événements parallèles, on signalera trois tables rondes et, bien sûr, les Nuits Blanches au Groove, de l’Opening Night à la 104e Electrodark, en passant par la soirée queer Black 360, organisée par 360° Fever le samedi 17 janvier, avec Romeo Colchic.
