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L’enfant queer face à la salle de gym: du trauma à la guérison

L’enfant queer face à la salle de gym: du trauma à la guérison
©Jack Baxter (licence unsplash)

Il y a des lieux où la honte s’imprime dans la peau. Les salles de gym scolaire en font partie. Entre les lignes tracées au sol et les regards qui jugent, l’enfant queer apprend à disparaître. Des années plus tard, Dan Nieders y revient. Sous les néons, les corps dansent. Et la peur se dissout.

À trente ans, cette salle de gym sent encore la honte et le trauma de l’enfant queer.
Ce mélange de résine, de plastique et de sueur adolescente, un peu âcre. Comme si la peur avait une odeur. Quinze ans plus tard, je suis de retour. Mêmes barres parallèles, mêmes paniers de basket, même sol bleu, même lignes de toutes les couleurs qui partent dans tous les sens pour ériger des frontières.
Rien n’a bougé.
Sauf moi.
Moi, je suis revenu avec des paillettes sur le visage et des ami·e·x·s qui se tiennent la main.

Mémoire musculaire et blessures invisibles

Mais mon corps, lui, a mis quelques secondes à comprendre qu’on n’était plus en danger.
La mémoire musculaire, c’est ça: elle n’oublie pas les humiliations, les moqueries, les ballons qui frappent plus fort que les mots.
«Les garçons… mais Dany aussi, du coup?»
Cette phrase m’a collé à la peau des années.
Je revois les profs de gym, icône de virilité ostentatoire.
Leur obsession du mérite, leur sourire complice avec les capitaines d’équipe — toujours les mêmes. Les mecs sûrs d’eux, bruyants, les futurs chefs, les futurs connards.

Et puis nous, les autres.
Les pas-assez. Les trop. Les demis. Les bizarres.
On attendait d’être choisis, sans trop y croire, espérant au moins ne pas être les derniers.
Et quand il restait deux noms, c’était toujours les nôtres.
Alors on rejoignait une équipe par dépit, sous les railleries des camarades.

Quand la honte s’imprime dans le corps

Je me souviens du crissement sec des baskets dérapant sur le sol, des vestiaires pleins de vapeur et de rires cruels.
De ce moment précis où je me déshabillais en apnée, fixant un point contre le mur.
Si tu regarde ailleurs, “qu’est-ce que tu veux pédé?”.
Jamais de douche, jamais. Pour pas qu’on t’exhibe une bite prise à pleine poigne en ricanant: “Alors, tu la veux?”

Ce prof qui ne dit rien quand on t’appelle “pédé”.
Ce ballon lancé “par accident” dans ton visage.
Ce “allez, c’est bon, il faut pas exagérer” qui finit par te faire croire que c’est toi, le problème. Et tout ça, ça reste dans le corps.
Même des années après.

Transformer une salle de gym en fête queer

Alors quand j’entre dans cette salle de gym, qui ressemble à toutes les salles de gym. Pour une fête de Merryqueersmas imaginée par Joël Terrin (aka Canicule), entre ces murs où iel a vécut pareil, j’ai envie de pleurer.
Parce que pour la première fois, cette endroit n’est plus une salle de torture.
C’est un sanctuaire queer. C’est le retournement d’un stigmate.

Sous les paniers de basket, iels dansent sur du Kylie Minogue.
Des talons franchissent librement les lignes multicolores du terrain.
Les barres parallèles servent à poser des blousons en cuir.
Et les rires, cette fois, ne sont pas dirigés contre quelqu’un.
Ils sont partagés.

Danser, enfin, là où on avait peur

La fête commençait à 15h, ouverte à des enfants queer de 10 ans.
10 ans.
L’âge où j’ai commencé à me haïr.
L’âge où j’aurais eu besoin de voir que des trans-pédés-gouines existent, qu’iels dansent dans notre salle de gym, qu’iels rient, qu’iels sont bellos, brillantexs, maquilléexs, fabuleusex — et qu’iels ont survécus.

J’ai pensé à ce petit Dany, celui qui priait pour qu’on oublie son nom pendant les équipes.
J’aurais voulu lui dire:
«Regarde.
Un jour, tu reviendras ici,
et ce ne sera plus un enfer.
Ce sera une fête.
Et tu seras entouré de gens qui te ressemblent.»

Ce soir-là, dans cette salle de gym où j’avais appris la honte, je danse.
Pas bien. Pas fort.
Mais libre.

À venir chez Merry Queersmas

14 décembre — Marché de No-iel
Avec en exclusivité la sortie de le livre Notre passé LGBT – notre futur queer, issu de l’exposition présentée à la Gare Routière du Tunnel.

8 février — Thé Dansant
Un rendez-vous hivernal intergénérationnel pour se retrouver et danser.

5 avril — Talent Show × Lausanne Pride
Une scène ouverte pour célébrer les talents queer de la région.

Dan Nieders

Réalisateur, auteur et photographe, il explore les zones sensibles où l’identité, le désir et la mémoire glissent l’une dans l’autre. Passé par la mode à New York, il développe une écriture visuelle fragmentée, entre intime et onirique.

Son premier court-métrage Monochrome (2022), adapté d’un texte écrit plus jeune, a circulé dans des festivals de film internationaux. De 2022 à 2025, il est chef éditorial du magazine BØWIE et coordonne en 2024 la résidence d’écriture de cinéma Queer Future, dédiée aux jeunes auteur·ice·x·s queer.

Depuis 2025, il est également rédacteur en chef du magazine 360°.