Le gaydar lesbien existe-t-il vraiment?

Croire qu’on peut reconnaître une lesbienne au premier regard, c’est déjà accepter une part de fantasme, de stéréotypes et de désir. Ongles courts, bague au pouce, regard qui s’attarde: entre codes communautaires, intuitions bancales et projections joyeuses, Annabelle interroge avec une pointe d'ironie ce fameux «gaydar» lesbien — et ce qu’il dit surtout de nous.
Si le lesbianisme se cache souvent dans les détails, existe-t-il vraiment un gaydar lesbien, ou n’est-ce qu’un leurre?
Tout le monde n’a pas la chance – ou envie – d’être cette butch ultra masc qui traverse l’existence pleine d’aplomb, comme si elle avait le mot «lesbienne» gravé sur le front.
Il y a maintes façons d’être lesbienne, maintes façons de le montrer si on le souhaite et de nombreux signes et codes à déchiffrer quand on se retrouve face à une personne inconnue qui nous donne envie d’en savoir plus sur elle.
«C’est simplement parce qu’on se regarde et qu’on se sait»
Quand on évoque le sujet avec d’autres lesbiennes, le consensus règne autour du gaydar, ce sixième sens qui permettrait aux gays, lesbiennes et queers de se reconnaître entre elleux. «Je crois au gaydar. Je suis incapable de dire pourquoi, mais j’arrive assez souvent à identifier si une personne est lesbienne ou a un potentiel lesbien», estime Billy, 48 ans. «J’y crois aussi mais je pense que c’est simplement parce qu’on se regarde et qu’on se sait», estime Georges*, 34 ans.
Billy explique pourtant que dans certains contextes, son gaydar lui joue des tours: «Les quadras et mères de famille bretonnes ou allemandes le perturbent. Je sais pas si c’est les tenues Quechua ou les Birkenstocks, mais je me plante plus souvent avec ces personnes.»
Les mains, les cheveux, les poils
Ce qui revient souvent dans les conversations, ce sont les mains. Les ongles coupés courts, ou du moins à certains doigts stratégiques, les fameuses bagues au pouce, intemporel lesbien, ou les bagues à chaque doigt chez les filles de la gen Z.
Il y a aussi bien sûr la coupe de cheveux. Plus le cheveu est court – en brosse, coupe de footballeur, nuque rasée ou mulet flamboyant, side cut, boule à Z… –, moins on a de chances de se tromper. « Ça reste pour moi un indicateur fiable. Même s’il m’est déjà arrivé de tomber sur des filles à la coupe ultra-masculine et qui étaient hétéro. Mais c’est rare », raconte France*, 39 ans.
La pilosité est aussi, de plus en plus, un indice. « Si possible, je checke si elle a des poils sous les bras et sur les jambes », indique Claire, 27 ans.
«La reconnaissance passe surtout par le regard.»
Mais c’est aussi une affaire de regard, trouve Georges: «La reconnaissance passe surtout par le regard. Ce fameux regard qui traîne un peu…» On est presque déjà dans la drague.
«Une meuf qui ne cherche pas à répondre à des stéréotypes hétéro-patriarcaux.»
Pour Camille, début de la trentaine, c’est surtout l’allure qui compte: «C’est une façon de marcher qui est plutôt masculine, une façon de s’asseoir en prenant de la place. C’est une vibe d’une meuf qui ne cherche pas à répondre à des stéréotypes hétéro-patriarcaux. C’est une attitude. Et c’est précisément ça qui me met le doute chez des femmes qui ne ressemblent pas à des lesbiennes à première vue.»
De la chemise canadienne aux joggings trois bandes
Au-delà de ces indices d’ordre corporel, il y a aussi une multitude de codes vestimentaires qui renvoient à la sous-culture lesbienne. Les bijoux d’abord : les bagues portées au pouce évoquées plus haut, un ou des anneaux porté à une seule oreille (à droite pour les puristes), la grosse chaîne de macho au cou, le légendaire mousqueton accroché au jean en guise de porte-clef, le porte-feuille à longue chaînette qui dévale de la poche arrière…
Quant aux fringues, il n’y a pas un style vestimentaire lesbien mais de grands classiques, qui vont de la chemise canadienne à carreaux aux sous-vêtements Calvin Klein dont la bande élastique dépasse du jean, du marcel blanc à la salopette, des baskets montantes aux Docs, des baggys aux joggings trois bandes, du smoking au look Quechua.
Toutes ces pièces viennent à la base du vestiaire masculin; la garde-robe des lesbiennes fem, elle, se démarque moins de celle des hétéros.
Enfin, un tatouage comme un triangle pointant vers le bas ou deux paires de ciseaux se chevauchant, peut parfois en dire très long sur celle qui l’arbore.
Mis bout à bout, tous ces indices, souvent plus subtils qu’il n’y paraît, forment une grammaire lesbienne, une sorte de langage secret permettant de se reconnaître les un·e·x·s les autres.
Et de se draguer si affinités.
