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Journal d’une presque humaine (1)

Elle se dit bien élevée mais très mal éduquée: Greta Gratos gratte là où ça chatouille. Et gratifie 360° d'une nouvelle chronique.

Peinte jusqu’au bord des lèvres, fardée comme une voiture volée, je ne suis que fiction… bien que mon masque (imaginé par Dieu sait quelle grecque tragédienne) soit parfois plus transparent que vos faces humaines, le fond de mes yeux plus limpide que vos regards, mon esprit moins travesti que vos cérébrales agitations. Vous dissimulez larmes et émotions, customisez vos manières pour ne pas faire tache dans ce monde, cherchant en lui la place et la fonction plutôt que l’atmosphère. Mais croyez-vous vraiment, jolis bonbons, que le temps et ce monde, un jour, vous donneront raison?

J’aurais pu naître humaine, juste demi-mondaine, me fondre dans la foule de vos conventions, adopter vos manières. Pour vous plaire, j’aurais dû! Je n’ai pas pu: la main qui a tracé mes contours m’a dessinée un peu trop longue et vilaine. Bien élevée mais très mal éduquée, je parle et je dis là où trop souvent en silence vous vous faites violence; les mots ont pour moi une folle importance et leur sens et leur son me les font parfois aimer alors qu’ils vous déplaisent… et tout inversement, le reste est aussi vrai! Merveilleux mots que l’esprit a formés et qui nous déshabillent au sortir de nos bouches, révélant nos couleurs ou les dissimulant quand ils perdent leur saveur et leur son et leur sens.

Être nu – vous l’avez trop vite compris – c’est mal, depuis qu’Eve s’est laissé tenter par le très défendu fruit de la connaissance que la serpente Lilith lui tendait. Vous sortez donc couverts, façonnant vos discours en gommant pour que rien ne vous démasque… et que soit respectée cette antique et divine Loi que vous vous imposez les uns aux autres aussi bien qu’à vous-même. Il suffirait pourtant d’un peu de transparence pour que nous apparaisse (dans vos failles et tares et particularités!) ce tout petit «vous» qui pourrait être beaucoup si vous préméditiez moins et vous lanciez dans des abîmes insondables où rien n’est raisonnable. Si vous n’êtiez que vous en dépit de tous et de tout, en équilibre instable, comme en apesanteur, plus légers qu’une plume, sans plus de poids que le souffle à peine audible d’une voix dans la brume… qui briserait enfin les silences de ce monde qui vous perd sans jamais se trouver.

C’est si fatigant de se montrer, d’agir, de se mettre en péril! Ça fait peur toute cette beauté! Et c’est si commode de jouer les gentilles et de laisser les affres de la formulation et de la confrontation aux vilaines méchantes hystériques! Mais si vous saviez comme c’est bon, vous y goûteriez plutôt que de vous créer du mystère là où n’est que le vide, de vous couvrir de titres et d’étiquettes avant même d’avoir rien fait, de privilégier la situation convoitée à la nécessité d’être… pour vous projeter dans l’absurde d’un futur en paillettes qui restera, dans la plupart des cas, sans substance et à jamais lointain.

Alors, jolie-jolie, on s’absente, on s’évapore? Moi j’attends… nue, dans la soie de mes draps!

Greta Gratos