Les lesbiennes et le sexe entre ami·e·xs

Chez de nombreuses lesbiennes, le sexe entre ami·e·xs s’impose comme une évidence: une manière de vivre le désir sans promesse romantique, dans un cadre connu, choisi, sécurisant. Deux célibataires nous racontent ces relations à la frontière de l’amitié, de l’intimité et du soin, souvent entre deux histoires d’amour.
On les appelle des sexfriends, des friends with benefits ou des amitiés+. Des termes qui parviennent rarement à décrire ces relations informelles, à la frontière entre l’amitié, l’érotisme et la tendresse, qui se jouent hors du cadre d’une relation romantique. Chez beaucoup de jeunes lesbiennes, le sexe entre ami·e·xs est une évidence, souvent entre deux histoires d’amour. Deux célibataires de moins de 30 ans qui préfèrent coucher avec leurs potes plutôt que de dater nous en parlent.
«J’y trouve un équilibre intérieur»
Lea*, 27 ans, est célibataire depuis près d’un an. Elle sort d’une relation de quatre ans et n’est pas pressée de retomber amoureuse: «J’ai envie de me retrouver et de vivre des choses.» Elle veut profiter de cette pause pour entamer un travail sur soi: «J’ai besoin de travailler sur mon style d’attachement qui est plutôt anxieux, je veux prendre confiance en moi, et devenir capable de nommer mes envies et mes besoins clairement, sans concessions», explique la jeune femme.
Mais pas question pour elle de laisser sa sexualité de côté. Le sexe entre ami·e·xs, c’est pour elle presque une sorte de thérapie. Depuis plusieurs mois, elle couche régulièrement avec trois de ses amies, toutes un peu plus âgées qu’elle. «J’y trouve un équilibre intérieur», explique Léa. «Je me sens libre et indépendante. Si je suis vraiment honnête vis-à-vis de moi-même, je pense que je dois admettre que je suis un peu dans l’attente de retrouver une relation, mais toutes ces rencontres, ces situations me font sentir vivante et désirée.»
Pour elle, ces relations sexuelles amicales sont aussi synonymes de sécurité et de réconfort, contrairement aux coups d’un soir: «Cela me permet aussi de partager des moments intimes et doux, régulièrement, dans un cadre safe.» La seule ombre au tableau: «le risque de compromettre l’amitié si des sentiments venaient à se développer chez l’une ou l’autre et que ce ne soit pas réciproque», estime Léa.
Prendre le temps de faire connaissance
Pour Kat*, 25 ans, le sexe entre ami·e·xs est une sorte de « pragmatisme ». Elle aussi sort d’une histoire d’amour et n’est pas prête à revivre en couple de sitôt. «Après la rupture, j’ai réalisé à quel point j’étais soudain libre et j’avais beaucoup de temps pour mes ami·e·xs et mon travail. Je me suis aussi senti à nouveau plus moi-même.» Elle entretient une amitié amoureuse avec une copine qui a rejoint depuis peu son groupe d’ami·e·xs. «Nous aurions pu commencer une relation amoureuse, mais nous sommes toutes les deux à un moment de notre vie où nous sommes beaucoup trop occupées. Pour l’instant, c’est agréable de prendre le temps de faire connaissance en tant qu’amies», explique Kat, pour qui le fait d’avoir une «connexion émotionnelle» est importante. «Les aventures d’un soir, c’est pas mon truc.» Et c’est l’authenticité qu’elle apprécie dans cette relation sans grands enjeux: «C’est un tout autre niveau d’intimité, car tu connais déjà les côtés les plus stupides, les plus moches et les plus vulnérables de la personne. Et tu lui dis quand même: « je te veux! »»
