Pillion, romance BDSM queer

Peu gâté par la nature avec son visage ingrat, ses oreilles décollées, ses dents de travers et son sourire niais, Colin (Harry Melling) est un trentenaire solitaire. Habitant toujours chez ses parents, il manque d’expérience avec les hommes et désespère d’en rencontrer un. Agent de stationnement le jour, il se fait régulièrement insulter par de mauvais coucheurs, mais s’éclate le soir en chantant a cappella avec son groupe.

Après une représentation dans un bar, il n’en revient pas d’être remarqué par le sexy et spectaculaire Ray (Alexander Skarsgård). Leader charismatique d’un club de bikers queer branchés BDSM, il est en principe totalement hors de portée de Colin, fils à maman, mal dans son corps. Pourtant, Ray lui donne rendez-vous le soir de Noël dans une ruelle. Et n’y va pas par quatre chemins. Avare de mots, froid, sûr de son pouvoir, il oblige durement Colin à lui lécher les bottes, puis à lui faire une fellation. Un vrai bonheur pour notre introverti, carrément transporté au septième ciel!

Et puis, Ray disparaît pour réapparaître quelques mois plus tard, et inviter Colin à venir vivre chez lui. Et c’est là que le titre du film trouve tout son sens. En anglais, «pillion» désigne le siège arrière d’une moto, voire le passager. En l’occurrence Colin, car à l’évidence Ray mène cruellement le jeu dans cette relation inégale, mais non contrainte. Traité comme un domestique, le jeune homme fait le ménage, la lessive, les courses, les repas et dort par terre tel un chien, tandis que l’impitoyable Ray initie sa victime consentante au BDSM.

Malgré l’inquiétude de ses parents, surtout de sa mère qui déteste Ray, car elle craint pour l’intégrité de son Colin chéri, celui-ci aime non seulement être dominé, mais trouve son plaisir dans cette soumission qu’il recherche. Il se sent même de plus en plus à l’aise au sein de la grande famille des motards. Pour illustrer ce bien-être, le réalisateur Harry Lighton nous emmène dans un pique-nique aux pratiques extrêmement particulières, où le brave Colin reçoit le plus «hot» des cadeaux d’anniversaire…

Un duo très crédible

Attachant, attendrissant, Harry Melling se montre particulièrement convaincant dans l inclinaison à la soumission de son personnage, et forme avec l’impitoyable Alexander Skarsgård un duo anticonformiste très crédible. Les deux acteurs contribuent largement à la réussite de Pillion, premier long métrage audacieux, pétillant et pimenté d’humour du Britannique Harry Lighton. adapté de Box Hill, roman de son compatriote Adam Mars-Jones,

En dehors de scènes sexuelles explicites, le plus souvent brutales et humiliantes, l’auteur propose contre toute attente un émouvant récit d’apprentissage, dans le portrait sensible de ce garçon renfermé qui découvre sa sexualité. Et qui finira par écouter ses émotions en osant fixer ses limites. Harry Lighton le montre de façon irrésistible, quand Colin tente de dire à Ray qu’il aimerait bien, occasionnellement, qu’ils se comportent comme un couple classique.

Avec cette incursion sulfureuse dans la sous-culture BDSM queer, Pillion a obtenu en mai dernier à Cannes le Prix du scénario d’Un certain regard.

Pillion, de Harry Lighton (Royaume-Uni, 1h43). Sortie dans les salles de Suisse romande le mercredi 4 mars.
À gagner par tirage au sort: 15 invitations pour deux personnes à l’avant-première de Genève (Cinérama Empire), le jeudi 26 février à 20h45, et 5 invitations pour deux personnes pour voir le film dans les salles romandes dès sa sortie. Inscrivez-vous ici!


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