C’est quoi l’inclusivité performative?

L’inclusivité performative, c’est quand des personnes — souvent cis, hétéros, blanches et plutôt de gauche — adoptent le langage de l’inclusivité sans toujours en appliquer les principes dans la réalité. On parle de privilèges, de safe spaces, de diversité, on affiche de bonnes intentions dans un vocabulaire militant… mais celles-ci s’arrêtent dès qu’elles demandent un effort concret, un inconfort, ou une remise en question des dynamiques existantes.

Inclure sans transformer: Des valeurs affichées

On la reconnaît à ces situations très courantes. Une soirée “inclusive” où la diversité se résume à une seule personne racisée et/ou queer dans la line-up, appelée pour représenter une culture ou une communauté, pendant que le reste du programme reste inchangé: c’est de la tokenisation. On inclut une personne, symboliquement, pour pouvoir dire que l’inclusivité est là — sans que cela transforme réellement l’espace.

Au moment de demander des financements, quand des institutions, productions ou collectifs doivent répondre à des critères de diversité. Des noms queer et/ou racisé·e·x·s sont alors ajoutés aux dossiers pour cocher les cases. Une fois les fonds obtenus, leur place reste symbolique. L’inclusivité a servi à obtenir des ressources, pas à transformer la structure.

Dans ces annonces de colocation qui cherchent une personne FINTA pour “équilibrer” le foyer. L’intention est affichée, le vocabulaire est juste, mais au moment de choisir, c’est finalement l’ami cis-blanc-hétéro qui emporte la chambre, parce que “c’est plus simple”, “on se connaît déjà”, ou “ça va mieux matcher”. L’inclusivité existe tant qu’elle ne vient pas perturber l’entre-soi.

Dans le monde du travail, quand une équipe se dit inclusive et ouverte, affiche des valeurs fortes sur son site ou ses réseaux, mais continue d’embaucher les mêmes profils. Les candidatures queer, racisées ou marginalisées sont “très intéressantes”, “importantes pour la diversité”, puis écartées au profit de quelqu’un qui “correspond mieux à l’équipe”. L’inclusivité est reconnue, encouragée, mais rarement traduite en décisions concrètes.

Le performative male, figure familière des espaces “alliés”

C’est dans ces mêmes groupes, on croise souvent le performative male: celui qui se dit féministe, déconstruit, allié, qui connaît les bons mots et les bonnes références, mais qui reste étonnamment central dans tous les espaces, toutes les décisions, toutes les conversations. Il parle d’inclusivité tout en continuant à occuper la place principale — souvent entouré d’autres potes qui lui ressemblent beaucoup.

Talk the talk but not walk the walk

Il ne s’agit pas ici de prôner une quelconque “discrimination inversée”, ni d’opposer les luttes entre elles. Le problème n’est pas d’être cis, hétéro, blanc ou privilégié — le problème est l’écart grandissant entre le fait d’afficher l’inclusivité et celui de la pratiquer réellement. Ce qui est en cause, ce n’est pas l’intention, mais la dissonance: utiliser les codes de l’inclusivité pour se rassurer, se légitimer, se faire aimer ou se dire “ok”, sans accepter ce que cette inclusivité implique concrètement. Autrement dit: talk the talk, sans jamais walk the walk.

De l’intention à l’impact

L’inclusivité performative n’est pas mal intentionnée. Elle part souvent du désir sincère de bien faire, mais elle privilégie l’intention à l’impact, le symbole à la transformation. Elle permet de se sentir — et d’être perçu — du “bon côté”, sans avoir à renoncer à ses habitudes, à sa centralité ou à son confort.

Passer à une inclusivité active implique autre chose: accepter de perdre un peu de place, ralentir, écouter sans se justifier, faire des choix cohérents même quand ils sont inconfortables. Cela signifie parfois dire non à un ami, remettre en question un réflexe, redistribuer réellement les ressources, la visibilité ou le pouvoir.

L’inclusivité réelle ne se mesure pas à ce qu’on affiche, mais à ce qu’on accepte de transformer. Et c’est précisément là — dans ces petits déplacements concrets — que la différence se fait.

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