ONU soit qui mal y pense

Le 11 mars 2003, au Caire. Une descente de police sur le Queen Boat interrompt brutalement ce qui devait être une joyeuse fête gay flottante sur le Nil. 52 individus sont arrêtés, et, au terme d’un procès ahurissant, 23 d’entre eux seront condamnés à cinq ans de prison pour des «actes de débauche».
Comment, alors que la vie gay s’affichait jusqu’ici sans grand problème dans les rues du Caire, a-t-on pu arriver à un tel revirement? En partant de ce jugement qui provoqua la stupéfaction internationale, bien au-delà des milieux homos, «Dangerous Living» explore l’évolution de la situation des gays et des lesbiennes dans les pays dominés par un conservatisme religieux discriminant. Dans son film, John Scagliotti montre comment, durant les années 90, la globalisation de la culture, la communication facilitée par Internet, puis les luttes pour les droits des femmes et contre le sida ont peu à peu fait sortir de l’ombre les homos de ces pays. Du Honduras aux Philippines, de l’Egypte au Pakistan, partout les mêmes violences, mais aussi le même réveil pour revendiquer un droit d’existence. C’est à ce stade de visibilité que les homos, défilant dans des Gay Prides, montant des sites Internet qui ennuient le pouvoir, sont devenus dérangeants et, pire encore, les otages de la fracture idéologique qui divise le monde actuel, où les politiques majeures se dessinent au travers des prismes du discours religieux.
Pas étonnant dès lors que la résolution présentée devant la Commission des droits de l’homme de l’ONU et cherchant à faire reconnaître le droit d’existence des minorités sexuelles se heurte depuis deux ans au veto systématique des pays de la Conférence islamique, du Vatican et même désormais des Etats-Unis. En 2004, en faisant remarquer lors de la 60e session que «la sexualité est propre à chaque être humain» et qu’«elle constitue un aspect fondamental de l’identité de tout individu», le Rapporteur spécial à la santé Paul Hunt a même été accusé par ces mêmes délégations d’avoir outrepassé son mandat.
Au sein des organisations LGBT qui défendent cette résolution, on a pris conscience que seule une constante mais patiente pression pourra faire évoluer les choses. La tenue d’un débat intitulé «Homosexualité et répression d’Etat» et la diffusion de «Dangerous Living» dans le cadre du Festival international du film sur les droits humains et durant la 61e session de la Commission des droits de l’homme, représentent très certainement l’une des petites pierres de cet édifice.

«Homosexualité et répression d’Etat», le mardi 15 mars à la Maison des Arts du Grütli (CAC Voltaire), 16 rue du Général Dufour, Genève

18H00 Le baiser de la femme araignée, de Hector Babenco, Brésil/USA, 1985, VO st fr.-all., 120′

20H30 Dangerous Living, de John Scagliotti, USA, 2001, 62′, VO st fr.-ang.

Suivi d’un débat en présence notamment de Scott Long (Directeur de la division LGTB de Human Rights Watch)

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