Italie : l’obole communautaire

Un week-end en célibataire à Rome ou Florence? Préparez vous à de difficiles pourparlers à l’entrée de nombreux saunas et boîtes gay, car on ne rentre pas sans la carte «Uno» d’affiliation à Arcigay, la principale association gay italienne. Les touristes râlent, et ils ne sont pas les seuls.

«C’est 14 euros!», vous indique sèchement le réceptionniste du sauna, pour une carte «Uno» valable un an. Ça vous fait une belle jambe, car votre Cisalpino repart le soir même. Toutefois, une carte d’une validité d’un mois est disponible pour 7 euros… mais encore faut-il qu’on vous la propose. Et ne vous faites pas d’illusions: une fois la carte acquise, il vous reste encore à payer l’entrée.
Le «Circuit Uno» compte une soixantaine de boîtes, saunas ou bars parmi les plus populaires d’Italie. Arcigay ne gère que quelques uns de ces lieux. Dans l’immense majorité des cas, il s’agit d’établissements qui, en s’affiliant à l’association, obtiennent le statut de «cercle privé». Sur le site d’Arcigay, on explique que c’est la vocation de l’association que de défendre les lieux de sociabilité homo, notamment contre le harcèlement policier. Mais il y a d’autres raisons, qu’Aurelio Mancuso, responsable national d’Arcigay, explique sans ambages: ce statut permet aux lieux de tolérer la consommation sexuelle sur place, ce qui serait impensable ailleurs. «C’est la loi, résume-t-il en éclatant de rire; on est extrêmement rigides avec ça en Italie!»

Ghettoïsation dorée
Manifestement, cette spécialité italienne, si elle étonne les touristes, déplaît à beaucoup d’usagers de la péninsule. Dans les blogs et forums gays du web, on peste contre le «fichage» des gays et l’hypocrisie du système. «[Uno] est un circuit à part qui n’offre aucun avantage, si ce n’est aux établissements qui paient moins de taxes», soulignait récemment un internaute milanais sur le site tom-online.it. De fait, Mancuso préfère évoquer pour les commerçants «une simplification des démarches administratives.»
Animateur du forum LGBT Gayroma proche des milieux syndicaux, Mauro Cioffari juge que l’opacité des rapports entre commerçants gays et monde associatif est symptomatique d’une dépolitisation d’Arcigay. Selon lui, l’association – pourtant née dans le giron de la gauche associative des années 80 – dérive vers «une ghettoïsation dorée à grands renforts de bière pression, d’amuse-gueules et de serviettes de douche». Il en va ainsi de la présence marquée des commerçants gaiys parmi les délégués au dernier congrès national d’Arcigay: «On aurait cru assister à une assemblée générale d’actionnaires.»
En attendant, le «Circuit Uno» reste une manne pour Arcigay qui revendique à ce jour plus de 120’000 membres. Certes, la plupart ne le sont qu’à la faveur d’une soirée en boîte, mais le chiffre peut faire pâlir d’envie les associations gay-lesbiennes d’Europe entière. Par ailleurs, il faut reconnaître à Arcigay tout un réseau de services et d’activités politiques ou culturelles, jusque dans les petites villes de province. Ceci vaut bien, sans doute, quelques euros et grincements de dents.

Nos remerciements à Alessandro pour les traductions.