«La joie est amorale», pose d’emblée Ana Pi. Une affirmation qui déplace le regard. Dans ATOMIC JOY, la joie n’est ni synonyme de bonté, ni équivalente au bien-être ou à l’optimisme.
La chorégraphe observe une tension contemporaine: «Alors qu’une part de la société est en train de sombrer dans la dépression, l’aliénation et la peur, une autre part, joyeuse à sa manière, perpètre des atrocités.»
Ce qui est en jeu, selon elle, ce n’est pas la disparition de la joie, mais celle de la vitalité.
«La vitalité devient de plus en plus invisible et menacée, autant sur le plan politique que technologique et créatif.»
Résister, dès lors, signifie autre chose: «Revitaliser nos corps et nos imaginaires, inévitablement.»
Des gestes plus forts que les mots
ATOMIC JOY s’ancre dans les danses issues de la Diaspora Africaine Transatlantique. Des gestes qui ont traversé les siècles et instauré «une culture de la persévérance et de la convivialité ouverte aux différences».
Ana Pi y voit un véritable projet de monde, «où le mot liberté n’est pas un ornement».
Ces gestes continuent d’agir là où le langage échoue:
«Ils agissent même quand des mots importants sont épuisés, gaspillés, censurés ou falsifiés.»
Pour la chorégraphe, la joie n’a rien d’inné ou d’évident.
«La joie doit être remémorée, voire réinventée.»
La pièce devient alors une sorte de guide pratique, un répertoire de gestes capables de restituer une sensation d’être vivant·e·x, ici et maintenant.
Le plateau comme lieu de déplacement
Amener ces danses sur une scène théâtrale n’est pas anodin.
«Le plateau est ce lieu fantastique où l’inattendu peut arriver.»
Un espace où les distances se réduisent, où des formes longtemps dévalorisées retrouvent leur complexité.
«Utiliser les outils de la scène théâtrale peut inviter les gens à revoir leur regard, à sentir de nouvelles émotions — jusqu’à en avoir envie de danser et de vivre les vertus précises de ces mouvements.»
Choisir la joie, collectivement
Créer et défendre ATOMIC JOY est un défi assumé.
«Faire cette pièce, c’est une invitation adressée à mon équipe, aux institutions et au public à ne pas oublier que le mot joie existe.»
Mais Ana Pi le rappelle:
«La résistance ne peut être effective que lorsqu’elle est collective et engagée dans la durée.»
Choisir la joie comme point de départ n’est pas un slogan, mais « une poésie minimaliste », discrète, persistante et profondément politique.
ATOMIC JOY est présenté à Vernier le 17 et 18 février 2026 dans le cadre du Festival Antigel en collaboration avec Vernier Culture
Informations et billetterie:
antigel.ch
