Tendances Fièvre

Mondial: gay, fan et fier de l’être

11 juin 2010

Souvent associé à l’homophobie, le foot compte malgré tout de nombreux gays parmi ses supporters. A quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du Monde 2010, 360° a rencontré quelque-uns de ces fans d’un autre genre.

On le sait, le football s’accroche encore sérieusement à son homophobie. Et du coup l’image du foot dans la communauté homo n’est pas forcément brillante. On ne va pas vous refaire le énième papier sur «pourquoi aucun joueur de foot n’a fait son coming out» ni passer en revue les plus beaux mollets (épilés) des athlètes de la Coupe du Monde 2010. Non, non, on va s’intéresser à cette espèce assez rare mais en expansion, qui le 11 juin sera devant sa télé ou un écran géant pour regarder le match d’ouverture, par simple amour du ballon rond. Quoi ? Ça existe donc dans la communauté LGBT? Mais pourquoi aller se frotter à des hordes de supporters toujours prêts à dégainer du «PSG enculé» ou «Marseillais pédés»? Pourquoi être attiré-e par le dernier bastion de l’hyper masculinité, du machisme et de la beaufitude? Parce que le foot reste le sport le plus populaire du monde, qu’on a tous un jour tapé dans un ballon pour le plaisir et que ce sport a un peu évolué ces dernières années.

Ronaldo, Beckham: icônes gay friendly
«Quand je suis arrivé il y a vingt ans à Paris en tant que supporter de foot homosexuel j’étais un extra-terrestre» se souvient Pascal Brèthes, fondateur et président de l’association Paris Foot gay, club de foot amateur où jouent homos et hétéros. «Dans le milieu homo il n’y avait qu’un regard condescendant sur ce sport, considérant que tous les footeux étaient idiots, ne savaient pas parler et que ce jeu n’avait aucun intérêt». Aujourd’hui les choses ont changé. Enfin presque. Lorsque le site français LGBT Yagg publie récemment un article sur les 23 sélectionnés de l’équipe de France, c’est la levée de boucliers parmi les lecteurs: «Qu’est-ce que fait un article comme ça sur ce site? C’est une blague?» et un autre «Mais on s’en tape du foot, Pitié, pitié!»

La rédactrice en chef du site Judith Silberfeld se défend aussi sec : «Ce n’est pas parce que nous sommes LGBT que nous ne pouvons parler de sport que pour dénoncer l’homophobie ou saluer un coming-out. Nous le faisons aussi, dans Terrains de Jeux et les autres articles de la rubrique Sport, mais le sport, heureusement, c’est plus que ça. Et il y a même des LGBT que ça intéresse.» Pour Pascal Brèthes, ceux là se divisent en deux groupes. «Ceux qui ne sont pas des connaisseurs du foot, et sont venus au foot grâce à des icônes gay friendly comme Ronaldo ou Beckham.» La communauté homo s’identifierait mieux à un football paillette dont les héros ne seraient plus associés à une image de beauf mal dégrossi. «C’est un effet un peu marketing, comme cela a été le cas avec le public féminin», estime Pascal Brèthes. Et puis il y a «les vrais connaisseurs», ceux qui suivent les résultats, vont au stade et lisent les journaux spécialisés. Ceux-là ne se cachent plus, en tout cas de moins en moins.

Faire évoluer les comportements
Depuis quelques années, un peu partout en Europe se créent des clubs de supporters gay et lesbiens prêts à aller au stade avec bannières, chants et écharpes. L’Allemagne a été pionnière en la matière. Cela fait presque dix ans que les grands clubs de première division accueillent dans leurs stades des groupes de supporters arc-en-ciel. «Auparavant on allait au stade seul, ou avec des amis hétéros, et on avait un peu le cul entre deux chaises : d’un côté on se moquait de nous dans la communauté homo, de l’autre on n’était pas reconnus au stade comme de vrais supporters de foot», expliquent les fondateurs des Hertha Junxx, le premier des clubs de supporters homos installé dans l’Olympia Stadion de Berlin. Aujourd’hui ils y vont en groupe et y affichent clairement leur homosexualité. Depuis 2007 la Suisse alémanique a suivi. Zurich, Berne et Bâle ont désormais leur Queerpass club et leurs Junxxx qui sous l’égide de leurs prédécesseurs allemands ont rejoint les Queer Football Fan clubs dont le cri de ralliement est «Le football est aussi homo». «Et nous ne parlons pas seulement des beaux culs comme beaucoup le pensent», affirme David Bertsch, membre des Letzi-Junxx du FC Bâle. Aujourd’hui leur présence régulière dans les stades a modifié les comportements. «Depuis que nous sommes au stade on n’entend plus d’insultes homophobes, du moins pour les matchs à domicile», explique Christian Deker, porte-parole des Stuttgarter Junxx, club créé il y a cinq ans qui compte aujourd’hui 85 membres. Mais pour Christian Deker, les préjugés sont encore tenaces, y compris dans la communauté LGBT. «Au stade les gens disent de nous: Beurk, vous ne buvez que du Sekt. Et dans un cercle homo on passe pour des beaufs buveurs de bières. Les gays doivent aussi réfléchir à leur phobie du football!»

Carton rouge à la France
En France aucun club de supporter gay et lesbien n’existe, et les stades continuent de résonner de slogans homophobes. Pour le président du Footbal Gay Paris, «en France nous n’avons pas cette tradition de communautarisme, un club pour supporters homosexuels c’est impensable.» Pour l’heure il se contente donc d’aller à Parc des Princes ou au Vélodrome discrètement sans bannière ni pancarte. «Je suis souvent invité dans les tribunes officielles, ça m’évite d’entendre les slogans homophobes.» De toute façon «venir au stade avec des pancartes ce serait beaucoup trop dangereux.»

3 comments

Alors il y a des gay parmi ces abrutis de supporters qui se sont mis à brailler depuis une demie heure? Merci à 360 de rappeler que le conformisme est décidément une valeur montante dans la “communauté”. Pour ma part, je reste vieux jeu: je continue à nourrir une haine viscérale pour le foot, pour ces saloperies de drapeaux aux fenêtres et pour ces concerts de klaxon. Tant pis, j’aurai les boules pendant un mois. Vivement l’armistice.

Très courageux , ce Pascal Brèthes, président de l’association Paris Foot gay.

Espérons que son courage se fasse un jour récompenser par une évolution des mentalités des supporters de foot des pays de langue “latine” de l’Europe , et que l’on n’ai plus rien à envier à l’esprit de tolérance des Allemands et autres pays nordiques.

Je suis président d’un groupe ultra de l’un des plus grands clubs de L1 et je suis gay. Quasiment tous mes amis au foot sont hétéros et peu savent que je suis gay. Mais ceux qui savent sont géniaux et m’ont même accompagné à la gay pride.
Je me sens mieux dans ma tribune au foot que dans des bars gays.
Vive le foot et vive le mondial. Aller la France !

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