Photos: Instagram/@Moschino

Les Moschino Boys d’Instagram

De la publicité sur papier glacé des magazines de mode, le marketing du sexe a migré vers les réseaux sociaux, où il vit un âge d’or sans précédent.

Avouons, quel·le obsédé·e du look et de la mode ne s’est jamais égaré·e dans les annales les plus hot d’Instagram à ses heures perdues? Que les âmes sensibles se rassurent, il n’est pas question ici de jeter la première pierre ou d’inciter à confesser un péché inavouable au détour de votre app préférée: appliquons plutôt ce que préconise l’un des dix commandements, «ton prochain, tu ne jugeras point».

Qu’on se le dise, entre l’hypocrisie crasse des réseaux sociaux qui censure n’importe quel bout de téton non crypté et les bites moulées dans les slips ou les maillots de bain Moschino, le filtre ne consiste souvent qu’en un simple #. Du coup, il n’est pas rare qu’une innocente fashionista ou un profane fashionisto se retrouve confronté – contre son gré évidemment – avec la face sulfureuse de la mode, celle où elle n’est que prétexte à dévoiler un maximum de sex-appeal.

Porn chic un jour, porn choc toujours
On le sait, le marketing du sexe fait vendre, le concept est vieux comme le monde. Le temps passe, mais l’inspiration porn dans la mode traverse les décennies sans ne jamais s’essouffler. Seuls les médias changent. A la différence du porno chic des années 90, coup de maître orchestré par le designer Tom Ford, le photographe Mario Testino et leur muse Carine Roitfeld, ex-rédactrice en chef de «Vogue» Paris, le porn fashion flambe aujourd’hui sur l’app au milliard d’utilisateurs, ou Igers pour les intimes, selon les chiffres officiels fournis en juin 2018. Les campagnes de publicité provoc’ de l’époque aux budgets colossaux ont fait place au low-cost, parfois même «fait maison» des réseaux sociaux. Surtout, la visibilité est incomparablement supérieure à une publicité dans un magazine.

Une fois n’est pas coutume, ce sont les marques italiennes qui se prêtent le mieux au jeu. A l’image du spectaculaire rebond de Gucci sous l’impulsion Ford et ses complices dans les nineties, Moschino a pris le relais grâce Jeremy Scott pendant que Versace continue sur la fabuleuse lancée insufflée par Donatella. Dans la fashionsphère non plus, on ne réinvente pas la roue: si la France s’auto-contemple tel Narcisse dans le reflet de sa couture, la mode belge est trop intellectuelle pour se soucier d’être sexy et Londres redore le blason de son avant-garde historique.

Regards lascifs et brunches parfaits
Quant aux marques américaines, elles préfèrent prôner le confort et le sportswear que le sexe. Il reste donc les éternels Latin Lovers pour poser lascivement, le regard en feu sur le fil d’Instagram, au milieu des photos de vacances et de brunches parfaits. Certains d’entre eux sont des modèles professionnels, d’autres sont accros au fitness, prétendants acteurs porno ou alors simples aspirants aux fameuses quinze minutes de gloire jadis prophétisées par Andy Warhol.

Il suffit d’exhiber son corps bien gaulé.e régulièrement dans des dessous sexy pour atteindre la célébrité escomptée, qui se comptabilise comme on le sait en «likes» et commentaires sous forme d’émoji. Virales, instantanées et ne durant qu’un feu de paille, ces campagnes ont l’avantage d’être bien moins onéreuses que leurs ancêtres sur papier glacé. En quête d’un job de rêve? Il ne reste qu’à envoyer CV et lettre de motivation spontanée pour un poste de community manager chez Moschino. Votre travail consistera avant tout à traquer les sexy boys musclés en slips frappés du logo en capitales pour les reposter sur la page officielle de la marque.

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