Sneakers Fétiche

Le best-seller «Sneaker Freaker. The Ultimate Sneaker Book» retrace l’incroyable destin de la basket, du design à la rue. Un phénomène de société jeune d’un siècle et unique en son genre.

Au panthéon de la culture pop, la basket est érigée en totem absolu. Objet du désir pour certains, fétiche total pour d’autres, on lui voue un véritable culte depuis des décennies. Heureuse nouvelle pour ses adeptes, ils ont désormais leur propre bible. Paru aux éditions Taschen, l’ouvrage «Sneaker Freaker. The Ultimate Sneaker Book» retrace en plus de 650 pages le fabuleux destin de la basket: un conte moderne à la rencontre du design et du marketing, du sportswear et du hip-hop. Plus que n’importe quel autre type de chaussures, elle puise son incroyable force dans son ancrage culturel qui remonte à l’enfance.

Phénomène à fort pouvoir d’appartenance à un groupe dès les bancs d’école, la sneaker indique le taux de coolitude – et en contrepartie de ringardise ultime – des gamins entre eux. Contrairement à d’autres objets cultes créant le lien social dans l’enfance avant d’être délaissés dans la plus grande indifférence à la cave – à l’instar des briques Lego ou Barbie – la basket reste dans la course, toujours. Le statut d’icône et le potentiel sexy qu’on lui attribue à l’adolescence se confirme à l’âge à adulte. En deux mots, elle est à l’habillement ce que «Star Wars» est au cinéma: un OVNI de la culture populaire qui se nourrit de son propre mythe au fil des ans.

Le statut d’icône et le potentiel sexy que l’on lui attribue à l’adolescence se confirme à l’âge à adulte.

Aussi, lorsque Adidas ressort son modèle d’anthologie Stan Smith en 2014 après un story-telling aussi solidement ficelé qu’un filet de tennis, il devient une véritable madeleine de Proust pour les vieux beaux pendant que les jeunes se l’approprient instantanément. Imitée à l’infini par de nombreuses marques, l’originale n’a jamais été égalée. Au total, 25 millions de paires trouvent humains à leurs pieds. En ville, dans les clubs chics comme dans les bars pour les hipsters de l’époque, la Stan Smith immaculée et sa ligne minimaliste sont partout. Jackpot pour la marque aux trois bandes qui dans la foulée multiplie les collaborations avec des designers superstars ou des stars du showbiz, tels que Jeremy Scott, Pharrell Williams ou… «Star Wars». Entre beaucoup d’autres.

Dans ce cocktail explosif mélangeant la saveur du dernier cri à celle de l’enfance, il n’est pas rare d’entendre des souvenirs émus d’un·e ami·e se remémorant sa première paire de baskets et l’excitation ressentie en ouvrant la boîte abritant les Nike ou les Adidas du désir. Boîte à fantasmes par excellence, Kanye West & Co ont flairé le bon filon en collaborant avec ces marques iconiques.

Drôle et sérieux, chargé de sens et frivole
L’Australien Simon «Woody» Wood fait partie de la tribu des obsédés de la basket. Pour lui, le sens de la vie consiste en cette quête éternelle et quotidienne du modèle collector. Joignant l’utile à l’agréable, il sort le premier numéro de son magazine «Sneaker Freaker» en 2002. Le succès est immédiat et son fanzine est aujourd’hui publié dans plus de 50 pays. «Drôle et sérieux, chargé de sens et frivole»: la ligne éditoriale ne laisse rien au hasard des 100 ans d’histoire de sneaker. Un siècle maintenant compilé dans le livre salué par la critique. «La revue la plus complète de la planète sur la basket», selon MTV. Tel un recueil de vignettes Panini, on se délecte à replonger dans les modèles de légendes page après page: Air Max, Air Force, Adi Dassler, Converse, Dapper Dan, Dee Brown, Michael Jordan et Yeezy, sans oublier les plus confidentiels, mais non moins légendaires Troop, Airwalk et autres Vision Street Wear.

Les puristes y retrouveront toutes les collaborations, les éditions limitées et autres rééditions commercialisées ces 20 dernières années. Conscient de l’aspect florissant de l’industrie, l’auteur n’est pas avare d’anecdotes et d’observations truculentes que seul son regard d’expert permet de délivrer dans cet ouvrage au graphisme bien fait.

» «Sneaker Freaker. The Ultimate Sneaker Book», éd. Taschen. Disponible en anglais dans une librairie près de chez vous, environ 50 fr.

Photos (de g. à dr et de haut en bas): L’édition promo The Shaq Attaq créée à la pointure de Shaquille O’Neal en 1993 ©Dan Purnel; les Air Max Plus «Orange Tiger» de 1998 ©Dan Purnel; en 2003, l’«eBay» Dunk a été mis aux enchères pour une oeuvre de charité et a trouvé preneur pour 26’000 $. L’acheteur anonyme a reçu une paire à sa taille, tandis que le modèle original a été détruit à la tronçonneuse; carton Adidas Superstar ©Adidas Archive

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