Nouvelles du Far-West

De ringard ultime à super trendy, il fait son rodéo saison après saison. Véritable machine à fantasmes, le cowboy fait son grand retour dans le Top 10 des looks de la rentrée.

Du chapeau aux santiags, la dégaine du Far-West effectue un comeback très remarqué parmi les looks proposés cet automne, tant chez les hommes que chez les femmes. Grand classique revisité régulièrement, le style cowboy a cette particularité de faire partie de l’inconscient collectif depuis que le cinéma l’a exploité à travers le western. A cheval entre la fiction et l’histoire romancée des Etats-Unis, le héros aux boots éperonnées est érigé en référence du «mâle-le-vrai, celui-qui-en-a» dès la plus tendre enfance des petits garçons et petites filles qui rêvent de duels au soleil palpitants contre des indiens emplumés.

Ce dur à queer
Le cowboy et sa testostérone triomphante ont fait les belles heures d’une marque de cigarettes bien connue, il a également permis à quelques acteurs de se tailler une réputation de durs à cuire à Hollywood et surtout, de devenir très riches: John Wayne, Steve Mc Queen et Clint Eastwood en savent quelque chose. Dans un registre plus pailleté, la culture queer l’a hissé au rang de sex-symbol absolu dans les années 70.

Flairant le vent venir, les producteurs Jacques Morali et Henri Belolo lancent le projet Village People en plein boom disco en 1977. La recette savante du groupe so gay? Une tribu de mecs chorégraphiant les clichés du mâle alpha sous toutes les coutures pour suggérer une partouze géante. Le groupe de New York n’aurait jamais été le phénomène qu’il a été sans le fameux cowboy au milieu de l’officier de marine, de l’indien, du soldat, de l’ouvrier en bâtiment et du motard cuir. Le style du combo était très largement inspiré des dessins homoérotiques de Tom of Finland, l’artiste finlandais qui a défini l’esthétique SM gay de la décennie précédant l’apparition du sida dans la communauté gay. Les ébats entre cowboys ultra hot faisaient partie de ses sujets favoris.

Dolly la patronne
Au cinéma, «Midnight Cowboy» de John Schlesinger, rebaptisé «Macadam Cowboy» dans son titre français, racontait l’histoire de Joe Buck sous les traits de l’acteur Jon Voight, un jeune cowboy sexy parti du Texas tenter sa chance à New York… Classé X à sa sortie, il est le premier du genre à avoir été récompensé par trois Oscars en 1970, notamment le meilleur film. En 2005, «Le secret de Brokeback Mountain» réalisé par Ang Lee bouleversait la planète en dévoilant la passion secrète de deux cowboys pendant 20 ans, avec les inoubliables interprétations de Heath Ledger et Jake Gyllenhaal dans les rôles principaux.

Quant à Kylie Minogue et Madonna, les chanteuses pop préférées des gays, elles ont chacune exploré le look et les sonorités country en suivant la voie de Dolly Parton, la chanteuse country considérée comme une divinité aux Etats-Unis. «On observe généralement le retour du cowboy dans la mode quand l’Amérique est sous stress et dans une phase ultra-patriotique, observe le professeur Laurel Wilson de l’Université du Missouri dans les colonnes du blog Fashionista. C’était le cas juste avant la Deuxième Guerre mondiale, lorsque les Américains aisés optaient pour des vacances dans des ranchs plutôt que voyager en Europe. Le phénomène s’est répété dans les années 50, 70, début 90 et aujourd’hui».

Défilés Calvin Klein (à g.) et Astrid Andersen.

COWBOYS & GIRLS

Les frères Dean et Dan Caten, créateurs de la marque Dsquared2, préconisent un total look cowboy très premier degré pour l’hiver, avec les chemises en denim et les grosses boucles de ceintures de mise. Pareil chez Calvin Klein et ses chemises à poches appliquées. Quant à la designer Astrid Andersen, elle continue de repousser les limites du streetwear avec une collection très réussie inspirée par le rodéo. Les filles ne sont pas en reste avec des collections 100% western, notamment chez Chloé, Max Mara, Versace et Louis Vuitton.

ARE YOU READY BOOTS?

Yeux plissés à l’ombre des bords du chapeau, toujours prêt à dégainer dans la poussière du désert, le cowboy doit se sentir bien dans ses bottes pour donner le meilleur de lui-même. Dans les rues des grandes capitales, la règle ne change pas. Et ce ne sont pas les grands noms de la mode qui diront le contraire en 2018. Martin Margiela, Givenchy, Gucci et Balmain semblent s’être passés le mot, chacun y allant de sa version de santiags et autres Chelsea boots. Si la classe représente effectivement un vrai défi dans ce registre-là, au détriment d’une virilité incontestée, Saint Laurent le relève brillamment avec son modèle Wyatt Harness en cuir poli noir avec fermeture à glissière sur le côté intérieur, talon cubain en cuir ton sur ton et bouts en amande. Pointu : le mot-clé à retenir cet hiver.

À lire également