Theresa fait des étincelles

Theresa Sparks préside la Commission de police de San Francisco. Une nomination osée qui couronne le parcours courageux d’une femme transsexuelle.

Une première. Même pour une ville aussi ouvertement «LGBT-friendly» que San Francisco. Au début du mois de mai, Theresa Sparks a été élue à la présidence de la Commission de police de San Francisco. Une nomination remarquée, pour le moins. Surtout, parce qu’elle raconte une victoire personnelle, une revanche sur un parcours difficile. Theresa Sparks est née homme dans le Kansas, une région des Etats-Unis qui ne peut guère se targuer d’ouverture d’esprit. Son parcours n’a rien d’anticonformiste. Vétéran du Vietnam, marié en 1970, père de trois enfants. «Très peu de gens auraient pu s’imaginer que ça arriverait à quelqu’un comme moi», commente-t-elle dans le San Francisco Chronicle. Un poste de cadre dans le domaine environnemental, a priori rien de particulièrement féminin. A part ces envies, quelquefois, d’enfiler des bas, une robe, de balayer ses joues d’un pinceau de fard. D’être femme.
Des envies que le père de famille du Kansas garde pour lui. Jusqu’à ce que, après dix ans de mariage, il décide d’en parler à son épouse. Une confidence qui mènera le couple au divorce en 1981. Theresa, dans son corps d’homme, résiste. De séances de thérapie en nouveau mariage, suivi, lui aussi, d’un divorce, elle s’essaie en vain à la masculinité. Jusqu’à ce qu’elle décide de se laisser vivre, d’oser se trouver. Et de s’offrir, grâce à la chirurgie, un corps de femme.

L’apprentissage de l’exclusion
De son Kansas natal, Theresa Sparks déménage à San Francisco. Au lieu d’y trouver la tolérance, elle y fait l’apprentissage de la discrimination, de l’exclusion. Curriculum en main, bardée de diplômes et au bénéfice d’années d’expérience, elle ne parvient pas à décrocher un emploi. Une centaine de rejets, racontera-t-elle par la suite. Et des difficultés qu’un homme n’aurait pas eues à affronter.
De cadre dirigeant, Theresa devient chauffeur de taxi, travaille au guichet d’une banque. Et, finalement, après être entrée par la petite porte, elle décroche le poste de directeur financier de l’entreprise Good Vibrations, spécialiste de l’érotisme.
Désormais PDG de cette société de plus de 12 millions de dollars de ventes annuelles, Theresa Sparks n’oublie pas la discrimination dont elle a fait l’objet. Et décide de s’engager pour les transgenres. De devenir «une activiste». En 2000, elle crée le Transgender Political Caucus, pour rendre les politiciens plus conscients des difficultés auxquelles se heurtent les trans.
Son enthousiasme, son investissement sont tels que le maire de l’époque, Willie Brown, la nomme à la Commission municipale des droits humains. En 2004, alors qu’elle travaille à faire connaître les défis auxquels est confrontée la communauté LGBT et les problèmes d’identité rencontrés par les transgenres, elle est nommée membre de la Commission de Police. Et, le 9 mai dernier, elle est élue la présidence. Une nouvelle fois, peu de gens auraient imaginé que ça arriverait à quelqu’un comme elle. Ca, Theresa Sparks, PDG, la cinquantaine élégamment entamée l’avait dit. Mais en parlant d’autre chose.

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