Tendances

Mariage clé en main en Argentine

Convoler en justes noces n’est plus une utopie pour les homos dans le pays du nouveau pape François. Elle devient presque une formalité, ouverte également aux étrangers.

Il leur aura fallu à peine une semaine pour se passer la bague au doigt. «Tout s’est passé très vite, très simplement», se souviennent Cédric et Javier, 32 ans. C’est au Brésil que les jeunes expatriés se rencontrent. L’un est français et photographe, l’autre argentin et professeur d’espagnol. Les différences culturelles attisent leur attirance. Après un peu plus d’un an d’idylle, ils décident donc de sceller leur union. Leur rêve initial est de partir s’installer en France, mais se pose le problème des papiers pour Javier. Et le mariage «pour tous», qui agite la France, est exclu dans l’Hexagone. «Chez moi, Javier aurait été discriminé, nous n’aurions pas été sur un pied d’égalité, je ne pouvais pas l’accepter», confie Cédric. Les amoureux se rapatrient vers un pays qui fait les yeux doux aux couples LGBT: l’Argentine. Avec son intense offre culturelle et festive, ses hôtels, ses bars et même ses salons de tango dédiés, le pays est devenu l’une des principales «destinations gay» d’Amérique du Sud. Plus de 15 % des touristes qui visitent la capitale seraient homosexuels, selon les autorités. Mais si Buenos Aires attire, c’est aussi grâce à une législation des plus avant-gardistes. Non seulement l’Argentine est l’un des onze Etats qui autorisent le mariage homo depuis juillet 2010, mais c’est aussi le seul, avec le Canada, qui célèbre les noces de non-résidents depuis mars 2012.

C’est donc avec un simple visa touristique que Cédric a pu se marier, et pas parce qu’il épousait un Argentin. Tous les couples étrangers peuvent «passer devant le maire» à Buenos Aires. Mieux: les formalités sont encore plus élémentaires que pour un mariage traditionnel!», souligne Esteban Paulón, président de la Fédération argentine LGBT. Concrètement, il suffit d’avoir un passeport à jour et une adresse temporaire en Argentine, par exemple à l’hôtel. Il faut ensuite passer chez le notaire pour faire valider son entrée légale dans le pays et passer un rapide examen médical. Une fois la demande déposée au registre civil, l’union est prononcé dans les 4 à 7 jours selon les provinces. «En général, le délai est respecté, nous n’avons pas eu d’écho de discriminations », note le militant.

Romantisme et militantisme
Résultat, de plus en plus de couples interdits de mariage dans leur propre pays viennent convoler en Argentine. «Depuis mars 2012, nous avons enregistré une trentaine d’unions entre étrangers. Et une cinquantaine sont déjà prévues pour le premier semestre 2013», poursuit Esteban Paulón. Les candidats sont latinos, nord-américains, européens, australiens, russes… Pourquoi se lier si leur certificat de mariage n’est pas reconnu dans leur pays d’origine? Pour certains, c’est surtout pour le symbole. Sol et Maria, Chiliennes de 26 et 29 ans, se sont épousées lors d’un voyage éclair à Buenos Aires, sans en parler à leur famille, comme d’autres vont à Las Vegas, «par romantisme». Grâce à leur union, d’autres espèrent obtenir une forme de reconnaissance une fois de retour chez eux. C’est le cas de Christopher, militant américain de 58 ans, dont le conjoint Péruvien ne parvient à obtenir de visa pour les Etats-Unis. «La Cour suprême américaine devrait approuver prochainement une loi qui pourrait permettre aux époux de se rejoindre», explique-t-il. D’où leur noces argentines en décembre dernier.

Déjà, des agences de wedding planners pour étrangers surfent sur la vague. La plus réputée, Easy wedding Argentina, offre son aide pour la procédure administrative. «Venant de l’étranger, cela m’a rassuré d’être aiguillé», témoigne Christopher. Si le couple le souhaite, l’agence peut aussi organiser une petite fête, par exemple dans l’un des Hôtels boutique du quartier design de Palermo. A Mendoza, région viticole du nord-ouest du pays, l’agence Altura Argentina Tourism &Wines propose également des mariages clé en main. Au programme: cérémonie dans une estancia de la région, balade dans les vignobles, visite de bodegas, dégustation des puissants Malbec argentins, et bains dans des thermes naturels. Avec pour témoins les neiges éternelles de la cordillère des Andes.

«Buenos Aires, une ville transgressive»

L’Argentine reste un pays de paradoxes mais les changements s’y opèrent rapidement.

Tout n’est pas rose en Argentine. Des discriminations perdurent dans ce pays ultra macho et encore très catholique. Encore 14 meurtres sexuels ont été commis en 2011, et 1500 cas de discriminations – surtout en Province – ont été enregistrés, selon l’association Comunidad homosexual argentina. Mais une rapide évolution des mentalités a eu lieu ces dix dernières années. «En 2001, nous étions une poignée à défiler pour la Gay Pride. L’an passé, 200.000 personnes sont venues défiler avec nous», souligne la députée Maria Rachid, ex-présidente de la Fédération LGB. Des élus, des sportifs, des juges affichent leur homosexualité. L’administration embauche des travestis.

Comment expliquer ce changement si rapide? «Depuis 2003, les présidents Nestor puis Cristina Kirchner ont mené une politique très active en faveur des droits de l’Homme et de toutes les minorités», souligne la députée. Il faut dire que la forte croissance économique a aussi aidé à faire passer des lois qui auraient peut-être crispé la société en temps de crise. Pour Pablo Vasco, membre de la Fédération et militant d’extrême gauche, c’est aussi «l’unité dans la diversité» des divers mouvements LGBT qui a permis ces avancées. «Les autorités et les acteurs du tourisme ont très vite compris qu’il y a avait un public à fort pouvoir acquisitif à conquérir», poursuit Mathieu Orcel, réalisateur français marié en Argentine. Qui rappelle enfin la tradition «under et transgressive» de Buenos Aires, ville de migrants, ville du «Nouveau monde» où les traditions sont toujours métissés, toujours réinventées.

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23 mars 2013   Thèmes: Étiquettes : ,

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