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«Homophobie», un abus de langage?

L’une des trois principales agences de presse mondiale, l’américaine Associated Press, a décrété que le mot homophobie était à bannir. Selon elle, il serait mal utilisé la plupart du temps.

Une recommandation de l’Associated Press (AP) fait couler beaucoup d’encre, aux Etats-Unis. Dernièrement, l’agence de presse a mis à jour son «Stylebook». Dans ce guide suivi par ses 3400 rédacteurs travaillant à travers le monde pour rédiger leurs articles, AP «déconseille» désormais l’utilisation des mots avec le suffixe anglais «-phobia», tels que «islamophobia» et «homophobia». Une «phobie», explique un responsable, désigne «une peur irrationnelle et incontrôlable, souvent une maladie mentale… Or attribuer un désordre mental à quelqu’un, suggère une connaissance que nous n’avons pas. Cela semble inexact. Au lieu de cela, nous devrions utiliser des mots plus neutres.» AP préconise par exemple «anti-gay».

Enraciné dans l’histoire LGBT
Cette mesure fait écho à de nombreuses plaintes au sein de la droite dure américaine, qui digère mal de voir son opposition aux droits des gays et lesbiennes taxée d’«homophobie». La décision d’AP a déclenché de nombreuses réactions consternées dans les médias, gay comme mainstream. Qui sont ces cadres de l’agence de presse, pour bannir un terme largement employé depuis des décennies, et désormais enraciné dans l’histoire LGBT? Le psychologue américain George Weinberg, considéré comme le créateur du mot «homophobia», dans un livre de 1972, a confié son incrédulité à «The Advocate». «Ce mot concentre tout un point de vue et tout un sentiment, raconte-t-il. Il ne s’est pas imposé facilement, comme vous pouvez l’imaginer, et il m’a même valu des menaces de mort. Est-ce que l’homophobie est toujours basée sur la peur? Je le pensais et je le pense toujours. On n’a pas d’autre mot pour ce phénomène, et celui-ci est bien établi.»

4 comments

Et le mot “racisme” cette agence de presse ne veut pas le bannir ? Pourtant c’est bien le mot “racisme” qui est un abus de langage vu qu’il ny’ a qu’une race.
Alors….Agence de presse homophobe ?

la question que soulève AP est intéressante et doit aussi nous permettre de nous remettre en question sur le choix des mots que nous utilisons en tant qu’association.

Je constate quand même que trop souvent,nous employons le mot homophobie à la place de hétérocentrisme. Ca n’aide pas à la lisibilité de notre discours 🙂

Il faut surtout faire attention au terme de ‘lutte contre l’islamophobie’ qui relève de la loi religieuse déguisée. La stratégie ressemble étrangement à celle des néo-créationnisme et leur dessein intelligent.
Pour ce qui est du terme ‘homophobie’, il a visiblement favorisé le changement des mentalités envers les homosexuels et contribué à plus d’émancipation. Je ne vois donc pas pourquoi il faudrait le changer.

Le suffixe -phobie ne sert pas simplement à exprimer une notion de crainte ou de peur. Voici l’entrée du Grand Robert : Deuxième élément de mots savants formés sur le modèle des composés grecs en -phobos (adj.), et -phobia (n.), du rad. phobos « crainte », désignant soit la peur morbide de l’objet désigné par le premier élément du composé (è ci-dessous Phobie), soit, plus couramment, l’aversion ou l’hostilité plus ou moins irraisonnée (è Anglophobe, anglophobie, francophobe, francophobie, gallophobe, gallophobie, xénophobe, xénophobie,…).

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