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Un «Temps Présent» aux couleurs sépia

La semaine passée, la prestigieuse émission proposait de suivre le parcours de trois jeunes homos, en privilégiant les témoignages les plus douloureux. La TSR serait-elle un poil drama queen?

En suivant Alexandre, Noémie et Lucien, l’équipe du magazine «Temps Présent» de la Télévision suisse romande voulait faire le point sur la manière dont est aujourd’hui vécue la découverte de son homosexualité. Comme nous l’annonce Jean-Philippe Ceppi, non sans une pointe de dramatisation, «on pourrait penser que l’homosexualité est devenue banale en Suisse […] mais la réalité, telle qu’elle est vécue en famille, est nettement moins rose.» Et en termes de «moins rose», on sera effectivement servi, puisque les parcours présentés font tous état de grandes difficultés à s’assumer. Un choix clairement orienté qui ne laisse pas de place à la diversité. Aujourd’hui, se découvrir homo, ce n’est au fond pas très différent du siècle passé, c’est toujours aussi dur. Un point c’est tout!

Que ce soit Noémie qui «n’avait jamais entendu parler de personnes comme [elle]» ou Lucien, qui a attenté à ses jours, les jeunes homos doivent donc faire face, selon la rédaction, «à une société encore très homophobe».

Portraits hétérogènes
Ce constat de «Temps Présent» n’est pas sans lien avec le choix des interlocuteurs: les personnes présentées dans l’émission ont eu un parcours particulièrement difficile. Mais celles-ci étaient considérées par la production comme plus «représentatives». Ce n’était apparemment pas le cas de Thierry, 21 ans, dont la grande sœur est lesbienne et qui a un jumeau monozygote. Son cas était potentiellement très intéressant et vendeur, mais il a été finalement écarté, car il ne collait pas totalement avec l’angle, tout de même assez sombre, adopté par l’émission. En effet, Thierry devait annoncer son homosexualité à son père peu avant la diffusion et, malgré quelques appréhensions, il savait que tout le monde serait de son côté. Se sentant, comme il le dit, «entouré, soutenu et heureux», il souligne que le coming out de sa sœur, bien que difficile dans un premier temps, avait radicalement changé la perception que sa famille pouvait se faire de l’homosexualité. Lui-même affirme d’ailleurs vivre aujourd’hui «dans une situation largement privilégiée, qui effectivement ne correspond pas avec celle de la plupart des jeunes qui se découvrent homo». Son cas est-il si marginal que cela? Ou la réalité des trajectoires est-elle tout de même plus nuancée et moins inquiétante que celles qui figurent dans le reportage?

Il serait donc peut-être grand temps de raconter d’autres histoires. Celles qui montrent que les succès obtenus par les gays et les lesbiennes engendrent un climat plus clément pour les nouvelles générations. Celles qui sortent d’une certaine logique victimaire ou d’une rhétorique lancinante du malheur. Car elles permettraient de comprendre que, malgré les difficultés réelles éprouvées par certains, la bataille des idées a été en grande partie gagnée. Cela enverrait à ceux et celles qui s’apprêtent à révéler leur préférence un message plus empreint d’optimisme.

One thought on “Un «Temps Présent» aux couleurs sépia

  1. Certes, les témoignages de l’émission sont plutôt tristes. Cela dit, ils ont cela en commun qu’ils sont pleins d’une foule de petits détails d’homophobie du quotidien très évocateurs. Qu’on ait d’ailleurs 20, 40 ou 60 ans. Les problème rencontrés par ces jeunes me semblent très réalistes, tant dans la famille, qu’à l’école, dans le milieu médical ou au travail. Peut-être que le suicide est-il sur-représenté dans cette émission, c’est tout. Mais pour ce qui est de la violence en général, verbale, symbolique et même physique, là je ne vois pas vraiment d’exagération.

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