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Les ambitions de Pink TV en Suisse

Dirigeants et animateurs de la chaîne gay ont fait le déplacement de Genève pour fêter son arrivée en Suisse – l’occasion aussi de dresser le premier bilan d’une chaîne qui fait toujours beaucoup parler d’elle, un an après sa création.

Une grille de programmes alignant des «têtes» telles que Marc-Olivier Fogiel, Marianne James, Frédéric Mitterrand ou (le trop rare) Gérard Lefort, une tranche-horaire en clair avec en vedette «Le Set», un talk show «généreux et convivial», Pink TV fait sa rentrée en grandes pompes. Celle-ci continue avec un débarquement sur le câble suisse dès le 7 octobre, en coopération avec l’opérateur genevois Naxoo. C’est aussi l’occasion de casser l’image d’une chaîne parigo-parisienne: «Pink est regardée pour 70% par des gens de province, rappelle Pierre Garnier, directeur marketing et communication. Depuis le début, il y a plein de sujets associatifs, culturels, clubbing ou politiques qui sont réalisés en province.» «Le rôle de désenclavement est primordial,» continue Christophe Beaugrand qui est, avec Marie Labory (photo), l’un des deux animateurs du «Set» «…Dans certaines régions la chaîne présente aux gens des personnes gay et lesbiennes auxquelles ils peuvent s’identifier. L’autre fois, on a reçu un mail d’un couple d’agriculteurs. L’émission leur permet d’avoir une fenêtre ouverte sur un monde qu’ils ne peuvent pas forcément fréquenter.»

Mais Genève n’est pas la province française. S’agit-il d’un marché-test pour Pink TV, avant de s’aventurer plus loin en terres helvétiques? Pas vraiment, nous répond Pierre Garnier: «Depuis le départ, il était prévu de lancer Pink dans tous les pays francophones. En fait, nos programmes n’étant pas distribués en France et à l’étranger par les mêmes sociétés, il faut d’abord régler des questions de droits, ce qui peut prendre un certain temps. C’est aujourd’hui le cas avec Naxoo; j’espère que ça le sera bientôt dans toute la Suisse.» Objectif avoué de l’équipe et de ses partenaires locaux, séduire 10% des abonnés du câblo-opérateur genevois, soit 2’000 personnes. «C’est ce qui s’est passé à Bruxelles [lors du lancement de la chaîne en février dernier] pour un marché de taille sensiblement égale, explique Pierre Garnier. Il n’y a pas de raison que ça se passe moins bien ici!»

Des téléspectateurs accros
En Suisse comme en France, la chaîne est l’une des plus chères de l’offre câble et satellite, un point que l’équipe explique sans complexe du fait de la programmation riche en documentaires, plateaux, films et séries inédits… sans parler des quatre pornos par semaine. «Des chaînes comme ça, y en a pas d’autres!» conclut Pierre Garnier. En tous les cas, l’équipe se félicite de la fidélisation des abonnés qui passent, selon des études maison, en moyenne 40% de leur temps de télé devant Pink. Dès lors, les «pinkeurs» entretiennent un rapport fort avec la chaîne… et ne lui épargnent pas leurs critiques. «L’été, qui est une saison de rediffusion, le prix a pu poser un problème à certains abonnés» …tout comme la programmation de vieilles séries (disons «vintage») qui a valu à la chaîne de se faire passablement égratigner. Or elles ont leurs adeptes, parmi lesquels les deux animateurs du «Set» (Marie: «C’est comme M6 et La petite maison dans la prairie, moi je reste scotchée!» et Christophe: «WonderWoman ça m’éclate!»). De leur côté, ces derniers reconnaissent volontiers que leurs débuts en animateurs de talk-shows n’ont pas été évidents. «Venant de LCI, explique Christophe, et Marie de l’info à France 3, on n’avait jamais présenté de talk-show – on n’était pas forcément bons, ni beaucoup de nos chroniqueurs. Mais c’était inévitable dans la mesure où l’on voulait vraiment voir émerger de nouveaux talents et des personnalités auxquelles on n’aurait pas donné une chance ailleurs… Il a donc fallu du temps pour se mettre en route. Et beaucoup de téléspectateurs qui au début ont fait la grimace se sont attachés à l’émission et nous écrivent pour nous encourager et nous remercier.» Marie: «Parce que Pink TV est une première, forcément, les gays et les lesbiennes ont envie de s’y reconnaître. Du coup, ils veulent tout dedans: de la politique, de l’info, du débat, de la culture, du divertissement et jusqu’au kitsch profond… Alors on ne peut pas se reconnaître forcément dans chaque émission, dans chaque invité, dans chaque chroniqueur… mais on tente d’offrir un maximum de diversité, voire des choses qui sont diamétralement opposées. En tant que téléspectatrice, autant il y a plein des programmes qui ne m’intéressent pas spécialement, autant il y en a certains que je suis de très près. L Word, par exemple, pour une fille homo, c’est énorme.»

La question la plus énervante que l’on puisse leur poser? «Pourquoi une chaîne gay?» Marie soupire: «C’est exactement la même question que l’on pose à la Gay Pride: ‘pourquoi vous êtes fière d’être homo, moi je suis pas fier d’être hétéro!’» Pierre Garnier: «On a toujours voulu se vendre non comme une chaîne gay, mais comme une chaîne de la liberté. À ce titre, on espère que beaucoup de gens qui ne sont pas gay seront tentés de la regarder.»

Pink TV, une «société citoyenne» qui vise la rentabilité

Sur le berceau de Pink TV s’est penché tout ce que l’industrie française de la communication compte de bonnes fées, de TF1 à Canal+, en passant par Lagardère et Pinault. Pourtant, la chaîne est encore loin du seuil de rentabilité. Avec déjà un tiers des 150’000 abonnés visés, ses dirigeants l’estiment en bonne voie, à commencer par Pascal Houzelot, ancien conseiller de Jacques Chirac et président de la chaîne: «Plus que d’être une société rentable, notre objectif principal est d’être une société citoyenne. Or Pink ne pourra pas l’être que si elle est rentable. De là, notre business plan est assez classique: on espère un retour sur investissement au bout de 3 ou 4 ans.» Pink bénéficie également du soutien de Pierre Bergé, cela en fait-elle le «Têtu de l’audiovisuel»? «Ce n’est pas la même démarche, corrige Pascal Houzelot. Têtu est un journal engagé où sont proposés des points de vue sur beaucoup de choses – un peu trop parfois – alors que nous avons une vocation plus ouverte: celle d’un lieu de débat. Eux, c’est un journal d’opinion.»

[photo: PinkTV]