Suisse Histoire

Il y a 30 ans, la destruction du dernier fichier d’homosexuels de Suisse

6 avril 2020

Le magazine zurichois «Hey» en 1978: «Êtes-vous déjà enregistré?» Photo: Archives gaies suisses.

En avril 1990, la presse bernoise révélait la persistance d’un registre cantonal des hommes gay et bisexuels, dix ans après l’abandon de ce type de surveillance par les autres polices de Suisse.

En 1980 en Suisse, le fichage des homosexuels prenait fin – du moins officiellement. Car il a fallu attendre dix ans de plus pour voir les derniers registres finalement détruits par la police cantonale bernoise. Cette histoire méconnue est rappelée par le site des Archives gaies suisse schwulengeschichte.ch dans sa newsletter.

L’enregistrement par la police des hommes gays avait été l’une des principales revendications des premières manifestations gay et lesbiennes du pays, à Zurich le 24 juin 1978 (puis à Berne, Bâle et Lausanne), dans le sillage du Christopher Street Day new-yorkais. Dans les années qui ont suivi, les autorités ont renoncé au fichage… mais pas partout. Contrairement à la police municipale de Berne, la cantonale, via son service de recherche et de renseignement, a continué de collecter des données sur les hommes (mais pas sur les femmes) homosexuels ou bisexuels, notamment à l’occasion de descentes dans les lieux de rencontres.

«Puisqu’il n’y a pas d’actes criminels dans la plupart des cas, les enquêtes doivent être menées discrètement»

Lors des interpellations, les agents dressaient une fiche mentionnant notamment l’état-civil, les signes particuliers, les coordonnées et des commentaires divers, par exemple sur des soupçons de prostitution. Tout ceci en toute illégalité, ce dont la hiérarchie était consciente: «Puisqu’il n’y a pas d’actes criminels dans la plupart des cas, les enquêtes doivent être menées discrètement», disait une consigne de l’époque.

Un scandale dans le scandale
Créé en 1977, ce fichier bernois a été tenu à jour jusqu’à ce que la «Berner Zeitung» en révèle l’existence, le 26 avril 1990, à la suite d’indiscrétions internes. Les derniers enregistrements remontaient à février de cette année-là. La Suisse était alors en pleine «affaire des fiches», le plus vaste scandale politique de l’après-guerre: 900’000 personnes soupçonnées d’activités subversives placées sous la surveillance des autorités fédérales et des polices cantonales… sans base légale.

Les organisations locales HAB et Ursus Club, ainsi que la SOH (ancêtre de Pink Cross), ont mis en place une task force pour demander des comptes à la police cantonale. La démarche sera laborieuse et peu fructueuse. Tout juste les intéressés auront-ils accès leur fiche. Ils ne se verront accorder ni excuses ni réparations.

Plus d’infos sur schwulengeschichte.ch et sur le blog Stinknormal (en allemand).

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