Photo: FB/LAGO

Le cours de la prof «LGBT-phobe» est suspendu

Une manifestation a réuni une centaine d’étudiants mardi à l’Uni de Fribourg. Ils protestaient contre les dérapages à répétition d’une enseignante de théologie catholique. Le rectorat a pris des mesures.

En 2017, une enseignante de théologie aurait, entre autres, estimé que les personnes intersexes étaient le résultat d’«un échec de la nature», expliqué l’homosexualité par des «traumatismes d’enfance», déclaré que la bisexualité était motivée par le pur plaisir et fourni à ses élèves des adresses pour des thérapies de conversion (lire notre article du 26 septembre). Tout cela dans ses leçons, données à l’Université de Fribourg. Une personne assistant au cours, choquée, s’était tournée alors vers les instances universitaires. Renvoyée d’un service à un autre durant près de deux ans et constatant que rien n’était entrepris, elle s’était décidée finalement à révéler l’affaire au journal des étudiants de l’Université, «Spectrum».

L’association estudiantine LGBTQIA+ LAGO a pris les choses en main en organisant un rassemblement de protestation ce mardi 8 octobre. Sharon Casu, étudiante en philosophie et présidente de LAGO, revient sur l’événement: «La date de la manifestation n’était pas choisie au hasard, puisqu’il s’agissait du jour durant lequel se déroule le cours de la professeure de théologie.» Simultanément, le doyen de la Faculté de théologie, Mariano Delgado, rencontrait le conseil de sa faculté pour discuter du fameux cas.

Lors du sit-in, qui a réuni une centaine de protestataires, deux professeurs de théologie ont pris le micro. Le premier, germanophone, a déclaré que les propos tenus par sa collègue étaient inadmissibles. Le second, francophone, a prononcé un discours plus nuancé, soulignant le caractère sensible de l’affaire.

«Du catéchisme»
LAGO n’en est pas resté là. Avant la manifestation, plusieurs membres sont venus assister aux cours «Éthique sexuelle chrétienne» donnés par la professeure, d’origine américaine. Sharon Casu en est ressortie choquée: «La leçon portait sur le mariage et la contraception. La professeure a clairement recommandé de ne pas utiliser cette dernière. Elle a également comparé les couples homosexuels aux hétérosexuels ne désirant pas d’enfant. Un raccourci simpliste et dangereux selon moi.» Mais les remarques ne s’arrêtent pas au contenu: «Son cours n’est pas basé sur une approche universitaire au sens critique du terme. Par exemple, il n’y a pas d’analyses de sources. Cela ressemble à du catéchisme où les écrits ne sont pas remis en question.»

La professeure visée par les accusations n’a été entendue ni par le journal «Spectrum» ni par l’association LAGO. Sharon Casu s’en explique: «Nous n’avons pas souhaité rencontrer cette personne, car notre but n’est pas d’essayer de lui faire changer d’avis. Notre objectif va plus loin. Nous désirons que son cours soit annulé et nous demandons son licenciement. Ces propos sont dangereux pour la communauté LGBT et au-delà. Tout le monde est menacé par ce genre de radicalité.»

Cadre laïc
Le cursus de théologie est destiné à la formation des futurs prêtres catholiques. Bien que ces études suivent la ligne du Vatican, elles sont dispensées dans une université laïque et publique. «L’Université de Fribourg ne peut pas tolérer ce type de discours. Il s’agit d’une question de réputation. Aujourd’hui, nous avons donc bon espoir que le doyen prendra des mesures exemplaires», ajoute la présidente de LAGO.

À la suite de la parution de l’article de «Spectrum», de l’appel à la manifestation et de ses retentissements, le doyen de la faculté a décidé de suspendre le cours pour le semestre d’automne. Selon l’association LAGO, les conditions ne sont plus réunies pour que la professeure puisse donner ses leçons. Cette disposition s’impose en outre pour les besoins de l’enquête qui va être menée par la Faculté de théologie. Aux yeux de Sharon Casu, c’est positif. «C’est un premier pas de la part du rectorat. Cependant, nous restons conscients que l’annulation du cours n’est pas directement en lien avec son contenu. On espère tout de même que des décisions fortes seront prises sur le long terme.»

» Le communiqué de la Faculté de théologie

Laisser un commentaire

*

À lire également