Une marée humaine sous l’arc-en-ciel

La Pride romande a explosé son record de fréquentation, ce samedi à Genève, au terme d’une semaine des fiertés LGBTQ+ mémorable.

Les montagnes de bouteilles d’eau qui attendaient les prideuses et prideurs cet après-midi au quai Wilson ont fondu en un rien de temps. Et pas seulement parce que le soleil brûlant est réapparu après un début de journée maussade. Une impressionnante marée humaine se pressait dès le départ de cette 4e Pride genevoise. Point d’orgue d’une très réussie semaine de festivités en ville (notamment dans la rue Lissignol transformée en Village de la Pride), la Marche des fiertés a rassemblé quelque 40’000 personnes le long de la Rade et dans les Rues-Basses, selon les organisateurs. L’ATS avance le chiffre de 35’000 partipant·e·s. Le record de la Pride 2011 (15’000 personnes) a manifestement volé en éclats.

Au milieu d’une foule très cosmopolite, les slogans reflétaient toute la palette des sensibilités et revendications LGBTIQ+ («Nos imaginaires sont non-binaires», «Walk of No Shame», «Lesbiennes visibles lesbiennes invincibles», «Freysinger, je t’ai bloqué sur Grindr») et même un peu au-delà («We’re chromodynamic», pour les physiciens du Cern).

«Make History!»
Pour marquer le coup d’envoi de la marche, une brève séquence de discours a notamment vu la maire de Genève, Sandrine Salerno, coiffer une perruque rose pour lancer le slogan de cette Pride 2019, «Make History!», sous les acclamations d’une foule chauffée à blanc.

Auparavant, un représentant de l’association Asile LGBT a livré un discours combatif. «Nous ne voulons plus de frontières, ni entre les États, ni entre les genres, ni entre les gens», a-t-il clamé. Et de poursuivre: «la Pride n’est pas le capital, la Pride est une rébellion… J’espère qu’on pourra organiser un jour une pride sans sponsors, sans capital et sans contrôle de l’hétéronormativité.»

Un des principaux sponsors de la Pride, Procter & Gamble, a été épinglé par des manifestants.

Cette critique, également relayée par plusieurs pancartes dans le défilé, visait la forte présence des entreprises dans la parade genevoise, au milieu de la soixantaine d’associations, clubs et institutions présents. Une configuration courante dans les grandes Prides européennes, mais inédite en Suisse romande. On comptait ainsi près d’une vingtaine de groupes aux T-shirts assortis, en particulier des établissements financiers, récoltant çà et là quelques sifflets et huées.

Derrière la banderole d’une grande banque, un jeune prideur en T-shirt corporate haussait les épaules: «Il y a tant d’entreprises qui ne font rien. Moi je suis fier de militer pour faire changer les choses, et fier que mon entreprise soit à mes côtés.» La polémique n’est sans doute pas close, alors que le défilé s’étire pendant presque une heure sur le pont du Mont-Blanc pavoisé aux couleurs de l’arc-en-ciel, comme une bonne partie de la ville.

Satisfaction
À l’arrivée au Parc des Bastions, où la fête continue ce samedi soir, la satisfaction se lit sur le visage de Ferdinando Miranda, coordinateur de l’événement qui s’est appuyé sur une équipe de vingtaine de membres et une centaine de bénévoles. Selon lui, le succès de cette Geneva Pride a montré que la communauté LGBTQ+ «avait besoin d’être ensemble parfois, de se parler»; mais il note que la semaine de la Pride a aussi attiré une population bien plus large: «Les gens comprennent qu’une société plus égalitaire, c’est important pour tout le monde.»

C’est déjà le moment de penser à l’avenir. «Je lance une invitation à la Fédération romande des associations LGBT pour que l’on réfléchisse à la suite», dit Ferdinando Miranda. «La Pride romande est itinérante, et il ne faut pas réinventer la roue pour chaque nouvelle organisation. On est désormais en face d’événements qui sont devenus très importants, qui ont besoin de beaucoup de budget et qui soulèvent de nombreuses questions, au niveau du pinkwashing, de tous les événements à organiser et aussi, simplement, comment donner un sens à cette manifestation.»

À l’heure actuelle, aucune candidature n’a été déposée pour l’organisation de la Pride 2020 en Suisse romande.

Avec la participation de Guillaume Renevey. Photos: Irina Popa, Ester Paredes et Arnaud Gallay

5 comments

« À l’heure actuelle, aucune candidature n’a été déposée pour l’organisation de la Pride 2020 en Suisse romande. » … c’est normal car si nous sommes à 40’000 participants (WOW) c’est simplement impossible pour une autre ville romande (c’est plus que toute la population d’une ville comme Neuchâtel, Fribourg ou Sion) … Il faut en faire un évènement annuel récurrent à Genève! (Zurich a sa Street Parade et Genève aurait sa marche des fiertés annuelle)

Tou•te•s les participant•e•s de la Pride latine 2019 ne sont pas de Genève.
J’y ai retrouvé des ami•e•s de tous les cantons romands et même du Tessin.
Ensuite, ce n’est pas nécessairement le nombre de participant•e•s qui est le facteur le plus important! Elles et ils n’étaient qu’une poignée à Stonewall.

Le choix d’une Pride tournante en Suisse latine vise justement a éviter d’accentuer les disparités entre les cantons. Genève n’est pas représentative de la Suisse et les genevois•es peuvent bien quitter le bout du lac pour contribuer à la visibilité dans le reste de la Suisse romande.

Cela ne durera pas. Lorsque le temps de la patience de Dieu, sera achevé, viendra le temps du Jugement. Ce n’est pas moi qui le dis.
Je cite: que celui qui est souillé se souille encore (…). Je viens bientôt, et ma rétribution est avec moi, pour rendre à chacun selon ce qu’est son oeuvre.
C’est sérieux, bien que démodé. Il est encore temps… Mais cela peut changer très vite. Faites le bon choix.

Ce serais bien de faire la Pride de façon tournante entre les deux plus grande ville de Suisse Romande c’est a dire Genève & Lausanne facile d’accès pour ceux & celle qui vienne en transport en commun ou par la route.
En tout cas nous serons de la partie comme cette année 2019 a Genève même que l’on est venue depuis la Belgique.
Jenny & Shirley-Jessica VANDOREN – VANDE BROECK

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