Dans les coulisses du «lobby gay»

L’association des leaders gays suisses Network a tenu son Assemblée générale à Genève, ce week-end. Une manifestation bien loin du fantasme entretenus par certains.

C’est une idée bien reçue dans les salons sans doute pas très feutrés des homophobes d’ici ou d’ailleurs: Nous les homosexuels, en plus d’être d’horribles fornicateurs mus par la douceur de la luxure et des actes contre nature, nous cachons derrière tous les complots du monde. A les entendre, nous faisons et défaisons les rois, main dans la main avec les francs-maçons et autres sociétés secrètes. Le but est bien sûr de servir nos intérêts. Eh bien, navré de décevoir les amateurs de la couleur bleu marine, l’association des leadeurs gays suisses Network n’a rien d’une réplique du cabinet de Richelieu ou de Mazarin.

Réunie les 22 et 23 mars en Assemblée générale à Genève, Network s’est au contraire illustrée par la transparence, en affirmant clairement ses objectifs qui vont, rassurez-vous, bien au-delà du réseautage. Ils y ont parlé des comptes de l’association et amené au vote des modifications statutaires. Bref, une assemblée générale dans tout ce qu’elle peut avoir de plus banal…

Mais la banalité s’arrête à cette réunion qui a pour vocation de demander démocratiquement leur avis aux 450 membres de Network. Les nombreuses activités proposées dans divers domaines sont là pour le prouver. L’utilité d’une telle structure est également toujours d’actualité, car même si les choses vont mieux, force est de constater que l’orientation sexuelle peut encore être une entrave à l’avancement. «Il y a toujours un plafond de verre», commente Luzius Sprüngli le président nouvellement élu de Network. «Il y a maintenant des dirigeants qui sont ouvertement gay. Cela facilite les choses mais tout n’est pas encore réglé. Et nous sommes là pour le rappeler.»

Romands peu représentés
Bien implanté de l’autre côté de la Sarine, Network se fait petit à petit sa place dans le paysage romand. «Les Suisses allemands sont peut-être plus portés sur ce qu’ils appellent le Stammtisch. En revanche, la philosophie que porte Network est largement partagée également chez les latins. Preuve en est, une section tessinoise vient de se créer», commente Etienne Francey, seul membre romand du Comité national. Et ce dernier d’ajouter: «Genève et la Romandie vont pouvoir amener une dimension encore plus internationale à l’association en créant du lien avec les organisations présentes dans la région». Network crée du lien aussi au niveau local puisque, par exemple, «les membres genevois et lausannois vont être impliqués ensemble dans la tenue des Assises contre l’homophobie au travail qui devraient se tenir à Genève», ajoute Dominique Rachex, responsable de la section du bout du lac.

Enfin, désolé de décevoir à nouveau mais pour ceux qui pensent que Network est un club très fermé: il n’en est rien. La procédure d’adhésion est, nous dit-on, tout à fait accessible, à condition bien sûr d’avoir 650 francs à débourser à titre de cotisation par année.

5 Questions à François Longchamp

Le président du Conseil d’Etat genevois a ouvert l’Assemblé générale de Network. Il a accepté de répondre à nos questions.

– François Longchamp, c’est important pour vous d’être présent à cette assemblée?
– Oui, car c’est une organisation importante et représentative au niveau national. Et puis, nous sommes au cœur de la Genève internationale, au cœur des droits de l’homme. C’est l’occasion aussi pour nous de rappeler que le combat de la communauté gay n’a pas été toujours tout simple et qu’il est encore à mener dans de nombreux pays. Septante-sept Etats considèrent l’homosexualité comme un délit et dix la punissent encore de la peine de mort. Il faut continuer à porter ces enjeux-là même si les choses ont considérablement changé.

– Qu’est-ce que cela vous inspire de savoir que pour certains Network est considérée comme appartenant à un hypothétique lobby gay?
– C’est sans doute un des derniers vestiges de l’homophobie. C’est ce que l’on réserve comme commentaire à toutes les minorités qui sont agissantes que ce soit certaines religions ou certaines nationalités. Je pense au contraire que c’est un très gros progrès que de voir que le droit à la différence se traduit par un droit à l’indifférence. C’est plutôt cela que je vois derrière une structure comme Network, plutôt qu’un pseudo lobby secret cachant les puissants.

– Quel est votre avis sur l’adoption par des couples de même sexe?
– Nous sommes actuellement en procédure de consultation. J’aime toujours à rappeler, puisque je me suis moi-même occupé de politique sociale, que je m’apprêterai volontiers à faire une comparaison de la façon dont certaines familles pourtant tout à fait hétérosexuelles élèvent, ou plutôt n’élèvent pas leurs enfants. Et combien les critiques selon lesquelles deux femmes ou deux hommes ne pourraient pas élever un enfant sont incongrues dans ce monde un peu particulier.

– Quelle est votre analyse par rapport au climat d’homophobie qui règne en ce moment?
Si l’on regarde à travers l’histoire, et notamment durant ces 30 dernières années, on a certainement un climat d’homophobie qui va en déclinant. C’est clair aussi que l’actualité est là pour nous rappeler qu’elle existe encore et qu’elle le sera encore sans doute pendant longtemps. C’est la raison pour laquelle des assemblées comme celles-ci et des groupes de pression comme ceux-ci doivent mener la garde et veiller.

Je ne vous ai pas vu participer au vote, j’en déduis que vous n’êtes pas membre de Network?
Je suis là à titre de représentant officiel. Je ne suis pas membre de cette auguste association et je n’ai pas pu voter y compris sur l’épineuse question de savoir s’il fallait adopter les comptes ou adopter les statuts. (Sourire)

La vidéo du discours de François Longchamp:

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