Suisse

«Péril homo» dans les maternelles: un bon filon électoral

Un parti s’adressant aux Allemands d’origine turque a choisi comme cheval de bataille la place faite à l’homosexualité à l’école. Un thème aussi exploité en Suisse.

«Non à une matière «gay» à l’école». A côté des maths, de l’allemand et du sport, les rudiments de la sodomie ou les œuvres d’Edmund White seraient-ils bientôt au programme des maternelles berlinoise? C’est du moins le spectre qu’agite un tout nouveau parti, actuellement en campagne dans le Land-Ville de Berlin (qui renouvelle son parlement en septembre). La Bündnis für Innovation und Gerechtigkeit (BIG, Fédération pour l’innovation et la justice) diffuse un flyer électoral intitulé «Protéger tous les enfants», qui s’insurge contre l’éducation sexuelle telle qu’elle est prônée, selon le parti, par la majorité actuelle de gauche dans le Land. Il avertit que les enfants se verront raconter des «contes et histoires homosexuelles» ou proposer des «jeux de rôle avec des thèmes tels que l’éjaculation précoce, la masturbation ou les darkrooms» dès la première année de scolarité.

Le flyer semble basé sur une interprétation très libre d’un long rapport sur l’éducation sexuelle du Sénat de Berlin et, surtout, d’un article fantaisiste du tabloïd. Au printemps dernier, «B.Z.» avait glosé sur un cours de sensibilisation à la discrimination et au mobbing, menée dans les écoles du Land – la fameuse «matière gay».

Pour le site Queer.de, le papillon de la BIG ne constitue rien d’autre qu’une «incitation» à la haine contre les gays. Un message qui s’adresse à la minorité turque de la capitale que le parti, d’inspiration islamiste modérée, courtise activement. L’un de ses leaders, rappelle Queer.de, s’était d’ailleurs récemment indigné que la lutte contre l’homophobie reçoive des subvention, mais que rien ne soit fait pour contrer les discriminations visant les minorités d’origine musulmane.

En Suisse aussi
Berlin n’est pas le seul endroit où la réforme de l’éducation sexuelle fait fantasmer les politiques. En Suisse, ce n’est pas une formation islamiste mais les milieux conservateurs qui s’emportent, à quelques mois des élections fédérales, contre le Plan d’enseignement 21, dont l’entrée en vigueur est prévu en 2014 dans la partie germanophone du pays. Un combat où l’UDC (avec les formations évangéliques et une partie du PDC) a déjà dénoncé la préparation de cours visant, selon eux, à «confronter nos enfants avec des pratiques homosexuelles» voire à «influencer leur orientation sexuelle». Une campagne qui a donné lieu, en mars, au spectaculaire dérapage d’un élu lucernois. Une pétition contre «la sexualisation de l’école publique» a été lancée en juin dernier.

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