Santé Confinement

La santé communautaire à l’épreuve du Covid-19

17 mars 2020

L’épidémie de coronavirus est l’affaire de tou·te·s. À quelles spécificités la communauté LGBT doit-elle être attentive? Éléments de réponse avec Florent Jouinot, coordinateur régional de l’Aide suisse contre le sida.

Éloignement social, hygiène, fermeture des lieux de convivialité… y compris ceux de rencontres gay: notre quotidien, en Suisse et en Europe, est bouleversé par la pandémie et le restera encore plusieurs semaines. Florent Jouinot, coordinateur de l’Aide suisse contre le sida, répond à quelques questions sur l’impact du Covid-19 sur les personnes LGBT. Pour surmonter en toute sécurité – et en toute responsabilité – cette sale période…

– On parle de personnes à risques. Dans notre communauté qui sont-elles ?
Florent Jouinot – Les facteurs de risque sont les mêmes que pour le reste de la population (âge, hypertension artérielle, diabète, maladies cardio-vasculaires, maladies chroniques des voies respiratoires, maladies et thérapies qui affaiblissent le système immunitaire, cancer). En revanche, on sait que certains de ces facteurs sont plus présents au sein de nos communautés (pathologies pulmonaires plus fréquentes en raison d’un tabagisme plus important, comorbidités liées à l’infection à VIH qui est plus fréquente, surcharge pondérale, système immunitaire mis à mal par la consommation plus fréquente de substances psychoactives…)
C’est pourquoi il est important que les membres de nos communautés suivent les directives et en particulier la réduction au maximum des interactions sociales. C’est essentiel pour sa santé mais aussi pour celle de ceux et celles qui nous entourent dont la santé serait plus fragile.
Si les services de soins venaient à être débordés, cela serait préjudiciable pour tout le monde. Les personnes ayant des pathologies constituant un facteur de risque accru pour le Covid-19 doivent impérativement rester à leur domicile.

– Quid des personnes séropositives ? On sait qu’elles sont plus sujettes aux infections pulmonaires…
– Les personnes séropositives sous traitement depuis un certain temps ont le plus souvent une charge virale indétectable et une immunité restaurée (CD4 > 200). Elles n’ont alors pas de facteur de risque particulier. En revanche, les personnes qui seraient immunodéprimées doivent faire particulièrement attention car leur corps aurait plus de difficulté à combattre l’infection. Les personnes ayant des pathologies constituant un facteur de risque accru pour le Covid-19 doivent impérativement rester à leur domicile.

Florent Jouinot

– Est-ce nécessaires pour ces personnes de prendre contact avec son médecin?
– En l’absence de symptômes, il n’y a aucune raison de prendre contact avec un service médical. L’approvisionnement en traitement est assuré. Les pharmacies restent ouvertes et reçoivent des livraisons quotidiennes. Si on arrive au bout de ses réserves de médicaments et que l’ordonnance arrive à terme, les pharmacies devraient pouvoir faire une avance de traitement le temps du renouvellement, celui-ci pouvant être fait par le·la médecin par voie numérique directement à la pharmacie.
En cas de symptômes graves (ex. difficulté respiratoire aiguë, symptômes cardiaques), il faut appeler le 144. Pour toutes les personnes présentant des symptômes compatibles avec une potentielle infection par le Covid-19, il est recommandé d’utiliser les outils mis à disposition par les institutions de santé. Il ne faut pas directement se rendre à l’hôpital ou chez son·sa médecin. Via un questionnaire autoadministré ou un entretien téléphonique, il sera possible d’évaluer la situation et d’avoir des recommandations personnelles adaptées.

– Les personnes LGBT âgées sont évidemment appelées à rester chez elles…
– En effet, toutes les personnes âgées doivent au maximum réduire leurs interactions sociales. On sait que les personnes âgées LGBT sont souvent plus isolées que les autres, notamment en raison de la distance qui peut avoir été prise avec leur famille et le plus souvent l’absence d’enfant. Dans un esprit de solidarité, nos communautés sont donc invitées à prendre contact avec nos âiné·e·s pour prendre de leurs nouvelles et au besoin leur apporter du soutien. Pour éviter les contacts, cela peut passer par des courses laissées au pas de la porte ou des appels pour discuter de tout et de rien, des souvenirs, des projets ou du dernier film ou épisode de série que l’on a vu ou du dernier livre que l’on vient de lire.

«Cela ne semble pas le moment pour faire de nouvelles rencontres via une application ou dans un parc. Pour autant, cela n’est pas nécessairement synonyme d’abstinence»

– Il est temps de laisser les applications de rencontre de côté également…
– Afin de limiter la propagation du virus, il est préférable de limiter les interactions sociales. Cela inclus bien entendu les partenaires sexuel·le·s. Cela ne semble donc pas le moment pour faire de nouvelles rencontres via une application ou dans un parc. Pour autant, cela n’est pas nécessairement synonyme d’abstinence.
Si l’on est en couple, cela peut être l’occasion de se redécouvrir ou de faire ensemble de nouvelles expériences. Si l’on est célibataire, il est possible de revoir un ou deux de ses partenaires préférés. Des rencontres suivies peuvent permettre de pousser un peu plus loin la découverte des désirs, fantasmes et talents de l’autre. Cela permet par ailleurs de réduire le risque de contracter une IST et donc le risque d’avoir des symptômes pouvant imposer le recours au système de soin qui a actuellement déjà bien assez à faire.
Pour les PrEPeurs, il est possible de faire une pause si l’on réduit son activité sexuelle. Cela permet d’économiser sa réserve de médicament. Dans le cadre actuel de confinement, les rapports sexuels devraient être plus ponctuels et planifiés au moins 2 heures à l’avance. Il est alors possible d’appliquer le schéma à la demande, resp. 2 comprimés en une fois au moins 2 heures avant le rapport (max. 24 heures avant) puis 1 comprimé le lendemain et un dernier le surlendemain du rapport.

– Quels sont les risques concrets (primo-infection à VIH + Covid-19)?
– Au début de l’infection, le VIH va détruire un grand nombre de cellule du système immunitaire. C’est le mécanisme de reproduction du virus qui veut cela. Une personne en phase de primo-infection est donc plus à risque de développer des complications si elle contracte une infection. C’est d’ailleurs ce qui explique le grand nombre de pathologies qui peuvent apparaître au moment de la primo-infection.

» Pour les questions d’ordre général: Ligne info coronavirus de l’OFSP 058 463 00 00 (24 heures sur 24)
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