La politique romande a-t-elle «un problème avec l’homophobie»?

Un article du quotidien zurichois «Tages-Anzeiger» postule l’existence d’un tabou homosexuel dans les Exécutifs, de ce côté-ci de la Sarine.

«La Romandie a un problème avec l’homophobie»: c’est le constat que dresse le quotidien zurichois «Tages-Anzeiger», dans son édition de jeudi. Dans un long article, le correspondant Philippe Reichen prend pour point de départ le récent coming-out du PLR neuchâtelois Damien Cottier, ancien bras droit de Didier Burkhalter au sein du DFAE. Une démarche rare, selon l’auteur, qui souligne à quel point les personnalités ouvertement gay et lesbiennes de ce côté-ci de la Sarine hésitent à sortir du placard.

Au Grand Conseil vaudois, le Vert vaudois Martial de Montmollin a longtemps été l’unique parlementaire cantonal à faire le pas. Il attribue la difficulté pour apparaître au grand jour à la peur d’être rangé dans un «tiroir». «On est d’abord homosexuel et seulement ensuite parlementaire», résume-t-il. Selon lui, la situation ressemble à celle que les femmes ont trop longtemps subi en politique: «Les hommes leur donnaient les dossiers de l’école et de la politique familiale parce qu’on pensait que c’était le seul domaine où elles s’y connaissaient.»

«Situations grotesques»
L’article du «Tages-Anzeiger» évoque des «situations grotesques» provoquées ces dernières années par des conseillers d’Etat – non nommés – qui cachaient leur orientation sexuelle.L’un aurait renoncé à devenir chef du Département de la sécurité de peur que les policiers utilisent le outing comme moyen de pression, tandis qu’une autre aurait nommé sa partenaire cheffe de service sans que personne n’ose protester.

À quoi ce (supposé) blocage romand tient-il? La sociologue Caroline Dayer avance l’hypothèse des influences respectives de l’Allemagne et de la France dans la vie politique alémanique et romande. Outre-Rhin, le coming-out de personnalités en vue, comme l’ancien maire de Berlin Klaus Wowereit et le ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle, a créé une «masse critique» de politiciens out, qui rendrait plus facile aujourd’hui de sortir du placard. Ce n’est pas le cas en France, pays récemment marqué par l’homophobie de la Manif pour tous.

Méfiance
Franceline Dupenloup, chargée du projet Egalité et Prévention de l’homophobie au Canton de Genève, témoigne d’un climat romand encore hostile aux LGBT dans l’administration. Ouvertement lesbienne, elle raconte qu’une de ses collègues avait reçu pour conseil de ne pas s’approcher d’elle et de se méfier «parce que je suis homosexuelle». Ce type d’attaque provient de cadres, souligne-t-elle, et vise à semer le doute autour de la personne homosexuelle afin de l’affaiblir.

Ces discriminations sont-elles propres à la Suisse romande? L’article du «Tages-Anzeiger» n’en fait pas une démonstration très convaincante. On serait surpris·que des élus alémaniques ouvertement LGBT – le journal cite Corine Mauch, maire de Zurich, et Bernhard Pulver, ancien conseiller d’Etat bernois – n’aient eu, en tant que lesbienne et gay, aucune difficulté à affirmer leurs compétences et leur autorité au sein de leur parti et de leur administration. Au passage, le journaliste passe très vite sur le cas du ministre jurassien Jean-François Roth et oublie de mentionner quelques autres romands ouvertement gays ayant siégé dans les Exécutifs communaux ou cantonaux, comme le conseiller municipal de Bienne Cédric Némitz, l’ancien maire de Genève et conseiller national Manuel Tornare ou encore le conseiller d’Etat genevois Thierry Apothéloz. Ce qui n’est, à la modeste échelle romande, déjà pas si mal.

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