Le Népal, destination gay-friendly?

26 mars 2010

Après avoir mis un terme juridique à son passé homophobe en 2007, le Népal s’ouvre maintenant de façon volontariste au tourisme gay. Explications.

Après s’être engagé dès 2007 dans la voie de la démocratisation, le Népal s’apprête aujourd’hui à écrire une page décisive de son histoire. Encore régi par un régime provisoire, datant de 2008 (date de l’abolition de la monarchie), le pays se prépare en effet à adopter au mois de mai prochain une nouvelle constitution indiscutablement plus favorable aux minorités sexuelles. Dans une région où les droits des homosexuels sont le plus souvent bafoués, le Népal deviendra alors la premier (et le seul) pays gay friendly de l’Asie centrale.

Une (r)évolution avant tout politique
Qu’il paraît loin le temps de la répression! Cette période de suspension des libertés ordonnée par le roi Gyanendra, qui connaissait régulièrement son lot d’actes homophobes perpétrés aussi bien par les agences gouvernementales que par la société en général ou des individus en particulier. Une période durant laquelle la Blue Diamond Society (principale association œuvrant pour les droits LGBT au Népal) dénonçait quotidiennement de graves violations des droits de l’homme à l’encontre des minorités sexuelles: tortures, passages à tabac, emprisonnements arbitraires, mauvais traitements… Certains se remémorent peut-être encore de la rafle organisée par la police de Katmandou la nuit du 9 au 10 août 2004, durant laquelle 39 métis (travestis masculins, membres de la Blue Diamond Society) avaient été arrêtés dans les bars, restaurants et rues de la ville, accusés de perversion, puis emprisonnés dans des conditions déplorables. L’affaire, relayée notamment par Amnesty International, avait alors ému et révolté le monde entier. Aujourd’hui, les informations qui nous arrivent de la République népalaise constituent plus qu’une lueur d’espoir. Dans un premier temps, c’est une décision de la Cour Suprême, prise en décembre 2007 en plein changement de régime, qui ouvrit la brèche. C’est elle qui formula officiellement la demande de suppression des lois homophobes. Auparavant, si l’homosexualité n’était pas explicitement considérée comme un crime, tout acte sexuel reconnu comme «non-naturel» était quant à lui passible d’une condamnation d’un an d’emprisonnement.
Ne bénéficiant jusque là d’aucune protection, les minorités sexuelles accueillirent ce revirement comme une grande victoire. Preuve de la pérennité de cette évolution, le Gouvernement s’est récemment engagé à financer à hauteur de 2 millions de dollars le premier centre LGBT de la région qui ouvrira dans trois années, alors que le Ministre du Tourisme annonçait en octobre dernier, à la Conference on Gay and Lesbian Tourism de Boston, que les minorités sexuelles seraient maintenant les bienvenues au Népal.

Le tourisme gay, nouvel espoir économique
Au-delà de l’aspect humain des réformes en cours qui devraient aboutir, avec l’adoption de la nouvelle constitution, à la légalisation des mariages entre personnes de même sexe, les enjeux économiques pour le Népal sont gigantesques. Ruiné par dix années de guerre civile, le pays entrevoit dans le tourisme homosexuel une formidable opportunité de relance. Alors que la plupart des Etats de la région condamnent encore les relations de même sexe, le Népal espère doubler, grâce à cette nouvelle clientèle, son flux touristique (500 000 visiteurs par an aujourd’hui). Déjà, des structures se mettent en place, voyant des sociétés spécialisées apparaître dans les principales villes du pays. Sunil Babu Pant, membre communiste de l’Assemblée Constituante, président de la Blue Diamond Society et figure du mouvement gay népalais, est également l’un des trois fondateurs de l’agence de voyage The Pink Mountain. Son but: attirer dans l’Himalaya les gays, lesbiennes et trans du monde entier. En plus des traditionnels trekking, rafting, alpinisme et safari, la compagnie compte organiser et célébrer des mariages gays sur le toit du monde: cortège de noce à dos d’éléphant, cérémonies sur les camps de base de l’Everest… L’engouement paraît certain. Au point que le Prince (gay) indien Mavendra Singh Gohil, figure du mouvement homosexuel dans son pays, a annoncé récemment son intention d’épouser son compagnon lors d’une cérémonie népalaise. Un formidable coup de pub pour le pays! Si les investisseurs népalais semblent vouloir s’insérer rapidement dans ce nouveau secteur économiquement porteur, les agences de voyage gays et lesbiennes européennes paraissent quant à elles plus timides à s’y lancer. Ainsi, parmi celles-ci, Attitude Travels ne prévoit toujours pas l’ouverture de nouvelles destinations vers les sommets de l’Himalaya: «Ce n’est pas parce qu’un pays s’ouvre aux communautés homosexuelles que nous allons ouvrir une destination! Ce qui se passe au Népal est formidable, mais nous faisons très attention: il vaut mieux laisser d’abord le Gouvernement mettre les choses en place, et que les changements s’appliquent d’abord aux gens du pays.» Reste toujours aux globe-trotters la possibilité d’opter pour une agence de voyage classique (ou népalaise), et de s’armer de patience en préparant leur excursion à l’aide des guides LGBT Népal qui ne manqueront probablement pas de foisonner sur la toile ou en librairie. Stephane Bieganski

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