VIH/Sida: Traitement présidentiel

26 février 2007

Le président gambien soigne lui-même les malades du sida dans son pays. Qui a parlé de charlatanisme?

«La découverte par le président Jammeh d’un remède au sida par les plantes et le pouvoir spirituel faite a mis la communauté internationale dans l’embarras», annonce triomphalement le site de la présidence gambienne. Yahya Jammeh, chef de ce petit Etat anglophone enclavé dans le territoire sénégalais, s’est en effet découvert une «mission» pour guérir le sida et l’asthme au moyen de cataplasmes et de potions préparées par ses présidentiels soins. Gardant secret la composition du traitement, il a affirmé que les malades mettraient de trois jours à un mois pour guérir complètement de l’infection. Après avoir traité 9 patients, avec «d’excellents résultats», 27 autres personnes triées sur le volet se sont vues administrer le cataplasme présidentiel.
D’abord militaire dans l’armée gambienne, Jammeh a pris le pouvoir en 1994, à l’âge de 29 ans, avant de se faire élire président, dans des conditions décrites comme très discutables, deux ans plus tard.

Preuve scientifique
Ce n’est pas le premier haut dignitaire africain à dispenser ses conseils médicaux. L’an dernier, le ministre sud-africain de la santé s’était illustré en recommandant la betterave, l’ail et le jus de citron comme substituts aux anti-rétroviraux.
Bénéficiant du soutien inconditionnel du Ministère local de la santé et de l’enthousiasme délirant de la plupart des médias, Jammeh a quant à lui mis en garde les sceptiques: «Ma méthode est à toute épreuve. Il n’y a pas à discuter. Je le déclare: Je suis capable de guérir le Sida et je le fais». Les foudres présidentielles ne se sont pas fait attendre. Des médecins récalcitrants ont été rappelés à l’ordre, tout comme des journalistes trop curieux et les représentants de l’aide internationale, le tout dans un pays où plus de 10% de la population est positive au VIH. Ainsi la représentante du Programme des Nations unies pour le développement a été expulsée le 22 février pour avoir souligné l’absence de preuve scientifique corroborant les rodomontades présidentielles sur l’efficacité du traitement. Devant le risque des voir des patients interrompre leur traitements, l’OMS a fait connaître son inquiétude, rappelant sobrement : «Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a aucun moyen de guérir du sida.»

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