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Alerte, des contes de fées queer!

Photo: FB/Labrisz Leszbikus Egyesület

En Hongrie, un recueil d’histoires inclusives devenu best-seller de la littérature jeunesse devra arborer un avertissement à l’intention des parents égarés, a décidé l’Autorité de protection des consommateurs.

La section jeunesse des bibliothèques et librairies se transforme trop souvent en improbable champ de bataille entre progressistes et conservateurs. On se souvient du «kit gay» (l’adaptation d’un album du dessinateur genevois Zep) brandi par le président brésilien Bolsonaro ou des levées de bouclier contre les drag-queens lisant des contes de fées. Dans la Hongrie du populiste de droite Viktor Orban aussi, on prend très à cœur le fait que les lectures des petits soient conformes aux «valeurs traditionnelles». Ainsi l’Autorité de protection des consommateurs hongroise vient de décider de faire apposer un avertissement sur la littérature enfantine contenant des «motifs de comportement s’écartant des rôles de genre traditionnels».

En cause, le livre «Meseország Mindenkié» («Le pays des contes pour tous»), recueil publié l’an passé par l’association de lesbiennes Labrisz. Il présente aux jeunes lecteurs des histoires dont les personnages illustrent la diversité, qu’elle soit de genre, d’orientation, d’ethnie ou d’âge. On y découvre l’histoire d’une biche qui veut devenir cerf, d’un prince qui en épouse un autre, ou d’une Blanche-Neige à la peau foncée, rebaptisée Brunefeuille.

Lors de sa sortie, en septembre, l’ouvrage s’était vu offrir une publicité inattendue lorsqu’une députée d’extrême droite l’avait mis en pièces en public. Ce geste aussi théâtral que ridicule avait eu pour effet de propulser «Meseország Mindenkié» au sommet des ventes. Mais l’affaire n’en est pas restée là, et l’Autorité de protection des consommateurs a été saisie. Celle-ci a tranché: selon elle, des acheteurs pourraient être induits en erreur par l’apparence classique du livre.

Et pourquoi pas «Cendrillon» et «Le Roi Lion»?

Pour Labrisz, soutenue par l’association LGBTQ+ Háttér Society, apposer une étiquette d’avertissement sur ce livre et sur d’autres ouvrages du même type est discriminatoire et attentatoire à la liberté d’expression. Pourquoi pas, dans ce cas, faire de même avec «Le Roi Lion», où Simba trouve une refuge auprès de Timon et Pumbaa, deux mâles, ou avec «Cendrillon», élevée par trois femmes? Les deux associations ont entrepris de porter l’affaire devant les tribunaux.

Hattér Society rappelle qu’en 2019, la même Autorité de protection des consommateurs avait infligé une amende de 1400 euros à Coca-Cola pour sa campagne «Love Is Love» montrant des couples de même sexe. Aux yeux de l’institution, les affiches étaient «susceptibles de portaient atteinte au développement physique, mental, émotionnel ou moral des enfants et adolescents». «Il est évident que l’Autorité agit sous pression politique», estime Tamás Dombos, membre du comité. À l’instar du gouvernement polonais, le pouvoir hongrois mène une politique hostile aux LGBTQ+. Depuis la fin 2019, notamment, les personnes trans ne peuvent plus y changer leur état-civil.

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