Venise, ville des amoureux… à condition qu’ils soient hétéros!

4 déc. 2007

Il ne fait pas forcément bon être homo à Venise. Un couple gay suisse en a fait l’expérience à ses dépens.

Pour Mike et son copain, deux jeunes genevois, ce devait être un petit séjour en amoureux dans la ville la plus romantique du monde. Et quoi de plus normal, après les balades, que de sortir boire un verre? Unique boîte gay-friendly mentionnée dans le Guide Spartacus, le «Piccolo Mondo» semblait l’adresse idéale – d’autant plus que cette disco leur avait été recommandée par le réceptionniste de leur hôtel. C’est donc sans appréhension que le couple s’y rend dans l’espoir d’y passer un moment de détente. Arrivant tôt, alors que l’établissement est presque vide, ils en profitent pour faire connaissance avec la patronne et le personnel: «On a rigolé et parlé avec tout le monde. C’était très sympa.» Jusqu’au moment où Mike, tout naturellement, embrasse son copain.

Le changement d’attitude est foudroyant. Ça ne se fait pas ici, lui dit-on d’abord sèchement. Naturellement, Mike tente de parlementer: «Je ne l’ai en aucun cas provoqué, mais je lui ai répondu. C’est dans mon caractère, je ne peux pas laisser passer un truc pareil.» Il n’y aura pas de second avertissement: le videur empoigne Mike sans ménagement, l’amène à la sortie. Là, il expédie le jeune Suisse qui fait un vol plané. «J’ai eu l’impression d’être un mouchoir que l’on balance après utilisation», raconte Mike qui a mis quelques jours à se remettre de cette mésaventure.

Pas de lieux gay
Est-il possible que dans une ville de presque 300 000 habitants, aussi touristique et cosmopolite que Venise, on reste ainsi crispé sur les questions d’homosexualité? «Il n’y a pas de lieux gay dans le centre historique de Venise», explique Alessandro Zan, président de la section régionale de l’organisation gay Arcigay. «C’est un secteur essentiellement tourné vers le tourisme et habité par des personnes âgées». Pourtant, Venise est réputée comme une ville progressiste. Elle dispose d’ailleurs depuis 2005 d’un «observatoire LGBT sur les différences d’identité et d’orientation sexuelle». Une ouverture qui n’est pas encore de mise au Piccolo Mondo et qui rappelle l’aventure de deux Romains, arrêtés par les carabiniers pour un baiser devant le Colisée. L’incident avait mobilisé les gays et lesbiennes de la capitale italienne pour un kiss-in mémorable, dont la Cité des Doges aurait manifestement bien besoin…

À lire également