Monde Minsk

Dans la communauté LGBTQ+ biélorusse, un espoir très mesuré

30 août 2020

Des LGBTQ+ ont défilé lors du grand rassemblement pro-démocratie de Minsk, le 16 août ©Twitter/Andreï Zavalei.

Invisibilisé·e·s par des décennies de répression, les militant·e·s queer se sont timidement joint·e·s aux manifestations contre le président autoritaire Loukachenko.

Pour Andreï Zavalei, le mot même de «queer» ou de «LGBTQ+» est inconnu dans son pays. Autant se réapproprier l’insulte locale qui désigne les homosexuels, pidor, «pédé». Comme des dizaines de milliers d’habitants de la «dernière dictature d’Europe», ce militant gay biélorusse est descendu dans les rues pour dénoncer la falsification de l’élection présidentielle du 9 août et la victoire proclamée par le président Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis vingt-six ans.

«Ma famille pidor est une partie invisible, mais indispensable, des protestations contre le président Loukachenko», a-t-il témoigné dans «Politico». Depuis la dépénalisation des rapports homosexuels par la jeune république post-soviétique, en 1994, le pouvoir biélorusse a dénié tout droit aux minorités sexuelles et de genre.

Le pays n’a ni loi antidiscrimination, ni reconnaissance des couples de même sexe ni protection contre les violences. Quant aux organisations LGBTQ+, elles ont été interdites et leur voix étouffées, au prix de vagues d’arrestations, comme en 2013.

La répression des manifestations anti-Loukachenko (plus de 6000 arrestations) n’a pas été une surprise pour Andreï Zavalei. «J’ai eu cette même sensation d’insécurité et d’oppressions de nombreuses fois auparavant: de quelle voiture un bandit sans uniforme va-t-il sauter pour m’attraper?»

Drapeaux cachés

Il raconte que rares ont été les LGBTQ+ à brandir le drapeau arc-en-ciel dans les premières manifs à Minsk après le scrutin. «Le gouvernement pourrait les utiliser pour prétendre que c’est l’Ouest qui orchestre les protestations contre nos soi-disant valeurs familiales traditionnelles. Mais surtout, nous savons que si nous le faisions, de nombreux camarades protestataires ne seraient pas très amicaux.»

De fait, l’opposition rassemblée autour de la candidate Svetlana Tikhanovskaya (désormais exilée en Lituanie) n’a pas montré de volonté d’ouverture vis à vis de LGBTQ+. Au contraire, la foule a utilisé des slogans homophobes contre les autorités. «Loukachenko pédé», y a-t-on entendu… Comme une réponse au fameux «Plutôt dictateur que pédé» qu’avait lancé en 2012 le président biélorusse à l’intention d’un ministre allemand ouvertement gay qui l’avait critiqué.

Les droits LGBTQ+ restent un sujet tabou en Biélorussie. Pour Andreï Zavalei, la chute espérée de Loukachenko ouvrira une nouvelle page et une perspective de dialogue, dont rien ne dit qu’il sera fructueux. «Dans un pays avec des conditions aussi déprimantes et frustrantes, nous sommes déterminé·e·s à être patient·e·s et créatif·ve·s», résume-t-il.

Selon le sondage du Pew Research Center, en 2017, 84% des Biélorusses restaient opposés à l’acceptation de l’homosexualité dans la société.

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