Monde États-Unis

Derrière le plan cul et pétard, des flics à l’affût

12 avril 2020

Les officiers abordaient eux-mêmes leurs proies.

Des officiers d’un comté rural de Géorgie ont utilisé des sites des drague gay pour piéger au moins neuf hommes, «outés» illico dans la presse locale.

C’est le genre de news que l’on attend plutôt d’Égypte ou d’Arabie saoudite. L’utilisation des réseaux sociaux et apps de drague pour attirer et piéger des hommes gay et bi est apparemment aussi en vogue dans certains coins des États-Unis. Project Q Atlanta, une association LGBT locale, a ainsi dénoncé l’arrestation de neuf hommes, du 2 au 4 mars derniers dans le comté rural de Dawson, en Géorgie. Les charges retenues contre eux sont vagues: «incitation à commettre un délit», «possession de moins d’une once de marijuana», «obstruction», «utilisation d’un moyen de communication pour faciliter un délit»… Par ailleurs, une saisie de meth aurait été effectuée.

Par contre les conséquences pour les intéressés, âgés de 23 à 50 ans, sont graves. En plus de leurs ennuis judiciaires, leurs noms et parfois celui de leur employeur, ainsi que leurs «mugshots» (photos prises lors de leur arrestation) ont été publiés dans le journal local.

«Tu partages?»
Un des hommes piégés a transmis à Project Q les captures d’écran de son dialogue sur Grindr avec un officier de police agissant sous couverture, «Charlie420». Il prouve que c’est ce dernier qui a engagé la conversation et proposé un plan cul dans un hôtel. Le flic avait surtout mentionné qu’il avait de l’herbe, ce à quoi son correspondant, qui ne se doutait de rien, avait répondu «Tu partages?» Il n’en a pas fallu plus pour l’inculper de «prostitution en échange de drogue».

La pratique policière d’infiltrer les lieux de drague gay était courante aux États-Unis jusque dans les années 1990. On se souvient notamment de l’arrestation du chanteur George Michael pour «comportement obscène», piégé par la police de Los Angeles en 1998. Depuis une vingtaine d’années, ce type d’opérations controversées semblait avoir disparu, ne serait-ce qu’à cause de l’avènement des sites et des apps de rencontres. Mais certaines polices ont manifestement suivi cette évolution technologique pour continuer de harceler les hommes gay et bi. Totalement anachronique, selon Gregory Nevins, du service d’aide juridique Lambda Legal: «Où est la mission fondamentale de «protéger et servir» dans tout cela? Où est la préoccupation de ne pas surcharger les prisons avec des gens qui ne font rien de mal, tout en provoquant de gros dégâts? C’est un énorme gâchis.»

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