Capture vidéo: TV Pirveli

Heurts lors de la première d’«Et puis nous danserons»

Quelques centaines d’extrémistes de droite ont tenté vendredi soir d’assiéger un des cinémas projetant le film de Levan Akin, premier long-métrage géorgien à briser le tabou de l’homosexualité dans ce pays très conservateur.

Ce n’était pas vraiment une surprise, vu le battage fait ces dernières semaines par l’extrême droite et les milieux religieux orthodoxes. La première du film «Et puis nous danserons» («And Then We Danced») a été mouvementée, hier soir à Tbilisi. Plusieurs centaines de militants anti-LGBT, ainsi que des politiques et des prêtres, ont tenté de bloquer les accès au multiplex Amirani, dans le centre de la capitale. Un (très approximatif) drapeau arc en ciel a été brûlé, sous les cris de «Honte» et de «Vive la Géorgie». Des jets de pierre ont blessé une activiste, Ana Subeliani, évacuée en ambulance. Onze personnes ont été arrêtées.

Les spectateurs ont tout de même pu accéder au cinéma. Protégée par un important cordon de police, la salle – comble – a dû être inspectée en raison du risque d’attentat, retardant le début de la projection.

Selon les images de la chaîne d’infos TV Pirveli, qui a longuement retransmis en direct les incidents, une protestation anti-LGBT s’est également tenue devant le cinéma de Batoumi (ouest du pays) qui a mis «Et puis nous danserons» à l’affiche. La vitrine essuyait des jets d’œufs, tandis que les spectateurs étaient invités à franchir un portique de sécurité pour accéder à la salle de projection.

«Attaque contre l’Église et les valeurs»
Premier long-métrage géorgien ayant pour thème l’homosexualité, «Et puis nous danserons» raconte une histoire d’amour contrariée entre deux danseurs dans la prestigieuse troupe nationale de ballet folklorique. Une provocation, aux yeux des ultraconservateurs. Ceux-ci ont fait de l’opposition aux mouvements LGBT un de leurs principaux chevaux de bataille. En juin dernier, ils avaient lancé des appels à la haine et à la violence contre la première Tbilisi Pride. Les organisateurs avaient dû jeter l’éponge, faute d’engagement de la part des autorités à protéger le rassemblement LGBT.

Le Patriarcat orthodoxe a qualifié le film d’«attaque contre l’Église et les valeurs nationales»: «Il y a certaines forces qui semblent profondément dérangées par l’autorité de l’Église, par l’amour de la population pour Dieu et par les valeurs traditionnelles. Elles utilisent tous les moyens pour chercher à les ébranler»

Au total, six cinémas du pays projettent le film du Suédo-Géorgien Levan Akin, qui s’annonce, malgré la polémique, comme un grand succès. «Je suis fier qu’aucun des cinémas n’ait cédé aux menaces et annulé les projections», a déclaré le réalisateur au site Tabula.ge. «Le combat est loin d’être terminé, mais je suis admiratif et ému face à tous ces cinéphiles qui ont tenu bon et refusé de se laisser intimider.»

Le long-métrage, qui a déjà reçu de nombreux prix et représentera la Suède dans la course à l’Oscar du Meilleur film étranger, sort en Suisse romande le 4 décembre. Il est déjà visible sur les écrans français depuis mercredi.

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De quoi se mêle donc l’église orthodoxe, qui doit comporter en son sein autant de pédophiles que l’église catholique ? Quant à l’extrême droite, elle a depuis toujours un pb avec son homosexualité refoulée. Bravo aux géorgiens d’avoir tenu bon et que le film ait pu être vu !

Je vais aller voir ce film avec mes enfants et mes origines georgiennes me rendent encore plus fière de constater combien ce “petit” pays” géographiquement est si épris de liberté malgré les nombreux “tabous” qui persistent encore.
Visitez la Georgie.
Belle et fière.
J’en reviens.

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